Rapport Briefing no. 6 sur le Développement en Haïti
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Modernisation de l’Agriculture Familiale en Haïti, une Alternative pour la Sécurité Alimentaire


1.- Mise en contexte

2014 a été consacrée Année Internationale de l’Agriculture Familiale par l`Organisation des Nations Unies.

Or, Nous vivons dans un pays où 90% de quelques 800.000 exploitations agricoles relèvent de l’agriculture familiale. Il va sans dire que la PROMODEV, avec le support du CTA, du MARNDR et de l`UNDH, entend renforcer la vigilance sur ce secteur d’activités en invitant des experts nationaux et internationaux à échanger leurs savoirs au profit des acteurs directs et indirects. D’où le choix du thème central de ce sixième briefing : Modernisation de l’agriculture familiale en Haïti, une alternative pour la sécurité alimentaire. Au même titre que les 5 derniers qui ont eu lieu dans la capitale, ce 6briefing no.6 sur le développement agricole en Haïti se veut un canal de communication et d’informations au service des décideurs politiques et des producteurs. Il répond en effet aux préoccupations des responsables de la PROMODEV qui se sont donnés pour mission d’œuvrer au développement durable du pays en général et particulièrement à l’agriculture de richesse. La réalisation de ce briefing à la Faculté d`Agronomie de l`Université Notre Dame d`Haïti (UNDH) à Torbeck s’inscrit dans une dynamique de décentralisation des activités de la PROMODEV dans un contexte où le secteur agricole dans son ensemble fait face à des problèmes divers exigeant des mesures urgentes de redressement, en vue de la mise en œuvre d’une politique qui soit capable de garantir la souveraineté alimentaire du pays.

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En effet, le 29 avril 2014, la PROMODEV, en partenariat avec l`UNDH et du Ministère de l`Agriculture et avec le support du Centre technique de Coopération Agricole et Rurale des Pays ACP-UE (CTA) a réalisé son 6e briefing, comme prévu, sur le développement du secteur agricole à Torbeck, Commune située dans le département du Sud, soit à 197 Km de Port-au-Prince. Partager des informations relatives au secteur agricole, renforcer et encourager la prise de bonne décisions au profit du secteur, tels sont les principaux objectifs visés par cette initiative. Quasi la totalité des participants sont des membres d’organisations paysannes évoluant dans différentes régions du pays. La Journée a été l’objet de débats enrichissants entre l’assistance et plus d’une douzaine d’experts. Lesquels ont constitué deux (2) panels, avec respectivement Agr. Pascal Pécos Lundy et Monsieur Louibert Meyer comme modérateurs. Un briefing bien accueilli par le Recteur de l`UNDH, Monseigneur Pierre André Pierre, dont l’intervention a été plus que motivante pour plus de 289 personnes réunies en la circonstance.

Voulant encourager des cadres et acteurs qui travaillent à l`amélioration de la production agricole, la PROMODEV a saisi l`occasion pour honorer deux personnalités pour leur contribution dans le secteur éducatif haïtien et dans le secteur agricole, notamment au niveau de l’enseignement supérieur. Il s’agit de l’Agronome et Docteur en médecine vétérinaire, Max François Millien et le Recteur de l’UNDH, Mgr. Pierre André Pierre.
Il a fallu plus d’une heure à chaque panel pour développer des thématiques clés en étroite relation avec le thème central du 6e briefing : Modernisation de l’agriculture familiale, une alternative pour la sécurité alimentaire. Et la seconde phase dite d’interaction panélistes-participants a débouché sur la conclusion de la journée du mardi 29 avril, laissant visiblement sur le visage des participants la soif de revivre une telle expérience. D’autant que le président de la Commission de Gestion de l’UDERS des Cayes, Père Jean Marcel Louis, et le Représentant de la Direction Départementale du Ministère de l`Agriculture et des Ressources Naturelles, Agr. Jean Yvre Barnatte, en ont profité pour revendiquer la tenue du prochain briefing une seconde fois à Torbeck

Talot Bertrand, Secrétaire Général de la PROMODEV

2.- Remarques introductives
Une première partie de la journée a été consacrée aux discours des officiels et à la remise des prix par la PROMODEV à des personnalités pour leur engouement et leur contribution exemplaire dans le développement du pays en général et du secteur agricole en particulier.

2.1.- Message pré-enregistré du CTA
Le Coordonnateur du Département des Chaines de Valeurs du CTA, Monsieur Lamon Rutten, dans une vidéo en différé, a prononcé le discours traditionnel d’ouverture ponctué d’engagement continu aux côtés de la PROMODEV et du MARNDR dans la lutte pour le renforcement de l’agriculture en Haïti. En effet, Monsieur Rutten, dans son intervention, a rappelé le contexte du choix fait par les Nations Unies de consacrer l’année 2014 à la promotion de l’agriculture familiale, identifiée par la PROMODEV comme une alternative vers l’autosuffisance alimentaire pour le bien-être de la population haïtienne.


2.2.- Propos du Recteur de l'UNDH, Monseigneur Pierre André Pierre
Le Recteur de l`UNDH a fait le point sur des moments forts qui ont marqué la fondation de l’Université Notre Dame d’Haïti, Cayes, en mettant l’emphase sur certaines personnalités ayant joué un rôle prépondérant dans la matérialisation d’un tel projet.
« Je vous accueille aujourd’hui avec beaucoup de joie dans cet enceinte, d’abord au nom de celui qui devait être avec nous ce matin, qui est le Président du Conseil d’Administration de l’Université Notre Dame d’Haïti, également Président de cette fonction qui se trouve aux Cayes, en l’occurrence le Cardinal Chibly Langlois. Un remerciement au Cardinal pour avoir facilité l’événement d’aujourd’hui. Il répond à certaines obligations pastorales à Rome. C’est pourquoi, il n’est pas présent parmi nous. Mais nous avons la garantie qu’il y est bien présent spirituellement, sachant qu’il partage nos pensées, supporte nos travaux, nos projets et le renouveau de l’agriculture familiale en Haïti. Je suis heureux de vous accueillir tous au nom de la grande famille de l’Université Notre Dame d’Haïti implantée dans le pays au cotés bien d’autres institutions d’enseignement secondaire pour le progrès et le bien-être du peuple haïtien, en vue de l’avancement du pays. Je veux attirer votre attention sur les grands objectifs qui ont motivé l’implantation de cette université à Torbec. Parmi les panélistes ici présents, il y un des pionniers qui, par sa pensée, par sa vision, avait contribué grandement à mettre cette structure sur pied. Il s’agit bien de l’agronome docteur Max François Milien. L’Université Notre Dame d’Haïti a été créée pour servir la nation haïtienne, pour être au service de la jeunesse, pour répondre aux besoins des familles haïtiennes, afin de participer au développement des différentes régions du pays. C’était dès le départ la volonté des pères fondateurs de déconcentrer l’enseignement supérieur, selon la vocation des régions. Les cayes du département du Sud, un des grands pôles du pays, ont été tout naturellement le lieu d’accueil de la faculté d’agronomie.
C’était en 1996, quand simultanément, au Cap-Haïtien, on a développé l’Administration, à Port-au-Prince, on a lancé les sciences de la santé et ici, à Torbec, dans la plaine des Cayes on a développé l’Agronomie. On a profité des années qui s’en suivent pour étendre nos activités. Et aujourd’hui, on est présent dans différentes régions du pays, Port-au-Prince, Cap Haïtien, Cayes, Port de paix, Jacmel, Hinche, embrassant différents domaines de l’enseignement supérieur.
L’une des raisons principales de la création de cette université c’est de poser et de résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté ; c’est-à-dire, qu’il s’agisse du domaine de la santé, de l’Administration et du Droit, des sciences humaines et sociales, des sciences agricoles, nous nous attelons à identifier les problèmes du pays et aller à la recherche des solutions appropriées.
Vous êtes ici, à Torbeck, sur cette ferme de plus de 30 hectares, où 400 étudiants font quotidiennement l’expérience des études supérieures, de la recherche, en développant les sens du service à la communauté. Je suis très heureux, et je remercie les organisateurs de ce briefing et la PROMODEV d’avoir inséré dans l’agenda du jour une visite de la ferme au terme de la journée. Je souhaite donc vivement que cette activité puisse rapprocher toutes celles et tous ceux qui travaillent dans le domaine de l’agriculture familiale en Haïti ! Qu’il nous donne le goût d’aller plus loin dans nos efforts ! Qu’il puisse nous rapprocher de cette grande Communauté qui veut l’avancement de la nation haïtienne.
Je vous souhaite bienvenue à Torbeck, succès à ce projet au bénéfice de toute la nation !

2.3.- Propos du Directeur Départemental du Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural, Agronome Jean Jacques Deballio
Le fait de choisir un lieu spécifique pour réfléchir sur le développement de l’agriculture, cela témoigne de notre croyance dans l’avenir du pays. Le département du Sud, en effet, est très riche en opportunités, mais non assez exploitées. Nous espérons profiter de ce canal de communication établi par la PROMODEV et le CTA afin de pouvoir tirer profit des potentiels du département. La configuration géographique du département du Sud devrait favoriser une intensification agricole qui puisse nourrir la population. Surtout quand on considère la proximité des plaines cultivables par rapport à la mer.

Par le passé, nous nous sommes attiré des menaces environnementales vu la façon dont on intervenait dans le secteur agricole. Jusqu’à aujourd’hui, les mornes sont mal exploités. A l’heure où l’on parle du réchauffement climatique, nos mornes se dégradent au jour le jour, on constate également une forte augmentation des intensités de pluie. Nos canaux d’irrigation se trouvent ainsi exposés, et les terres arables sont menacées. Le passage de de l`ouragan Sandy a provoqué la perte de plus de 100 hectares dans la commune de « Les Anglais» alors qu’il n’y a pas eu de statistique pour d’autres communes fortement touchées dans la Région. Fort de ce constat, il est urgent que toutes les forces vives du pays conjuguent leurs efforts dans le but d’enrayer ce fléau. Car notre vie en dépend.

Il faut penser donc à adopter de meilleures pratiques agricoles sans causer de dommage à l’environnement. Cela nécessite une approche inclusive, avec la participation de tous les acteurs, à travers des forums dans le respect des intérêts de tout un chacun, comme ce briefing organisé par la PROMODEV, et comme on le fait au niveau du Ministère de l’Agriculture via les tables sectorielles.

Si certaines fermes agricoles comme celle de Levy commencent à se remettre au travail ce n’est que dans l’objectif d’accompagner les agriculteurs, vers l’augmentation de la production agricole dont le pays a tant besoin. Notre agriculture sera en mesure de réduire la dépendance alimentaire du pays si et seulement si tous les acteurs, nationaux et internationaux regardent dans la même direction.

Je vous dis donc bonne participation à ce briefing, cet outil de communication qui nous permettra de défendre la cause de la production agricole.
Merci !


2.4.- Propos de la Directrice du Centre de Recherche et de Documentation Agricole au Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR), Madame Marie Eunide Alphonse
Le Centre de Documentation et de Recherche Agricole a été créé en 1983. Les opérations du CDRA portent sur différentes variétés. On intervient dans plusieurs régions du pays, notamment aux Cayes, précisément sur la ferme de Levy, une des stations du Centre. On accorde une attention particulière aux semences de maïs et de haricots. À Savane Zombi, située dans la Région du Sud-est, on approfondit des travaux de recherche spécifiquement sur la pomme de terre.

Au niveau du Centre de Documentation et de Recherche on travaille en collaboration avec certains partenaires dans la mesure de nos moyens. Il faut noter que le CDRA ne se limite pas uniquement à des recherches. Il intervient activement dans la formation de certains planteurs organisés en groupes ou en association, afin de développer de nouvelles compétences dans le domaine de la production de semences. Le volet formation porte essentiellement sur l’agriculture familiale qui mérite bien d’être renforcée.

Je tiens à remercier l’agronome Talot Bertrand, Secrétaire de la PROMODEV de m’avoir invitée à ce 6ième briefing. J’espère que cette collaboration entre le Centre de Documentation et de Recherche Agricole et la PROMODEV puissent pérenniser, cette institution que je considère comme une courroie de transmission pour le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural, en vue du renforcement du système agricole.

Merci !

2.5.- Propos du Directeur de Production et Santé Animale au Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR), Dr. Max François Millien
C’est avec une grande joie mêlée d’émotion que je me retrouve ce matin dans l’enceinte de la faculté d’agronomie de l’Université Notre Dame d’Haïti, pour participer à cette cérémonie qui se veut à la fois une fête du cœur et de l’esprit. Car, j’étais loin de penser qu’une si petite collaboration depuis des années pourrait donner lieu à une si grande considération. Et moi, à mon tour, je demande d’applaudir tous ceux et toutes celles qui ont contribué à la réalisation de ce briefing.

Dans ce pays la reconnaissance n’est pas toujours la mémoire du cœur. Mais aujourd’hui, au sein de cette faculté, le recteur de l’UNDH, le Secrétaire Général de la PROMODEV et le représentant du CTA, ont voulu rappeler à tout le monde que la reconnaissance doit être la mémoire du cœur. Et pourtant, je n’ai pas fait grand-chose !

Je me souviens de mes premiers contacts avec la faculté d’agronomie. Mon camarade de promotion et ami, l’Agronome « Jean-Marie Benet » est venu me consulter pour solliciter mon appui au groupe de réflexion qui travaillait à la mise sur pied de cette faculté. Spontanément j’ai accepté sa demande. Tout naturellement, je n’avais pas considéré sa demande comme une charge. Je l’ai acceptée, premièrement, au nom de l’humanisme chrétien que j’ai toujours professé et, deuxièmement, parce que pour moi l’enseignement est une passion. Aujourd’hui, la vieillesse est en train de me rattraper au regard de ces panélistes qui ont été presque tous mes étudiants. Je ne pouvais donc ne pas accepter la proposition de l’agronome « Benet ».

Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander pourquoi ce pays s’engouffre-t-il dans une spirale régressive vu la situation de son agriculture. Un pays qui a traversé tout le XIXème siècle sans jamais se doter d’un véritable programme de développement agricole. Alors qu’au temps de la colonie Haïti se faisait appelée la perle des Antilles grâce à une agriculture prospère. Je me suis demandé pourquoi fallait-il attendre jusqu’à l’occupation américaine pour doter le pays d’un véritable système d’organisation avec la création du service technique du département de l’agriculture et la création de l’école centrale de l’agriculture. Chaque fois qu’il s’agit de participer à une œuvre qui puisse contribuer à apporter même un élément de solution j’estime que c’est une opportunité.

Aujourd’hui je me sens honoré d’être considéré comme un invité spécial à ce sixième briefing. Nous savons tous que l’université est un lieu de réflexion, de recherche permanente de la vérité. Nous espérons qu’au cours de ces différents ateliers jailliront de la lumière qui puisse éclairer certaines zones d’ombre de l’agriculture.

Je tiens à saluer les représentants d’institutions nationales et étrangères, les Organisations Non Gouvernementales, tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce briefing. Je salue également les journalistes dont le rôle est capital dans la diffusion de ce briefing. Et je vous remercie tous d’être venus pour rehausser l’éclat de la cérémonie d’aujourd’hui.

Merci



3.- Déroulent du Panel 1 : La transformation des exploitations familiales : pour une approche paysanne
Modérateur : Agr. Pascal Pecos Lundy, Directeur de Cabinet du Secrétaire d`Etat à la Relance Agricole au Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR).
3.1.- Intervention du Dr. Max François Millien
Sujet : L’agriculture familiale, moteur du développement économique
Max Francois Milien, le premier à prendre la parole dans un panel de 6 intervenants, invite les participants à un état des lieux du secteur agricole, avant d’insister tout au long de son exposé sur l’agriculture familiale dont le renforcement pourrait, selon lui, contribuer au développement économique d’Haïti. « L’agriculture représente 25% du Produit Intérieur Brut du pays. Selon les dernières statistiques, il existe à peu près un million d’exploitations sur le sol haïtien », dit-t-il. Ce secteur engage 60% de la population active, sachant que sur les 10 millions d’habitants que compte le pays 55% se trouve en milieu rural. Il faut souligner qu’en dépit du fait que les activités agricoles sont concentrées principalement dans les zones rurales et la majorité des gens qui y vivent font face à l’insécurité alimentaire. A noter que 85% des bassins versants sont dégradés. Et en 2011 à peine 5.3% du budget national a été consacré a l’agriculture. Il va sans dire que le pays confronte des difficultés en termes de disponibilité alimentaire. Et jusqu’à présent, l’agriculture accuse une grande faiblesse en ce qui a trait à la quantité d’intrants utilisés. Sur l’ensemble des terres irrigables à peine la moitié est dotée d’un système d’irrigation. Les planteurs n’ont pu bénéficier que d’un faible encadrement technique, alors qu’ils n’ont presque pas d’accès au crédit. Ce sont entre autres les facteurs non négligeables qui ont favorisé au fil du temps une forte hausse des importations. Au cours de la période allant de 1991 à 1994 les produits importés ne représentaient que 8.7%. La dépendance alimentaire du pays accroit avec une célérité telle, que 19 ans plus tard Haïti importe 48% de sa consommation. Toutes ces données caractérisent la sous production de l’agriculture en général».
Le Docteur max François Milien a poursuivi son diagnostic en soulignant les faiblesses enregistrées dans l’élevage. « Cette filière accuse une forte baisse en termes de productivité, les vols de bétails en milieu rural sont très fréquents, d’autant que l’on constate une désorganisation entre le marché et la production des animaux locaux. Ajouté à cela, la filière peine à résister face à une forte libéralisation du marché. Citant l’exemple de la République voisine dont le poids relatif aux échanges commerciaux avec Haïti est très lourd, l’expert indique que les millions d’œufs qui traversent la frontière haitiano-dominicaine affectent négativement la production locale. Cette filière rapporte environ 20 millions de dollars américains à l’économie dominicaine. L’Etat et les bailleurs y ont fait très peu d’investissement. Les éleveurs sont dépourvus de moyens technologiques et ne jouissent d’aucune assurance. Aussi inquiétantes que ces données puissent paraitre, on doit noter que 90% de la production locale provient de l’agriculture familiale.
En ce qui concerne la pêche, c’est une filière sous exploitée malgré les grandes opportunités qu’elle présente. La pêche maritime et continentale, telle que pratiquée par plus de 50 familles réparties sur 420 localités, n’arrive à combler que 30% des besoins de la population. Et la commercialisation des produits maritime repose sur plus de 20 milles familles. La coordination de ce nombre imposants d’exploitants dans des conditions particulièrement précaires pose de grandes difficultés au Ministère de l’Agriculture. En Haïti, les dépenses allouées à la consommation d’un type de poisson noir couramment appelé « pwason pèpè » avoisine les 12 millions de dollars américains l’an.
En Haïti, nous utilisons des pratiques agricoles archaïques. Les interventions du Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du D’développement Rural ne sont pas à la hauteur de sa responsabilité dans le rôle de leader qu’il est appelé à jouer en vue de la régulation du secteur agricole, face aux ajustements structurels introduits au début des années 90 et la libéralisation du marché qui menace la production locale. Depuis donc bien des temps, Max François Milien dit avoir constaté un système agricole pris dans une spirale régressive, dont la conséquence est immédiate. C’est un constat évident, mais qui ne traduit pas pour autant la passivité du Ministère, malgré ses faiblesses du point de vue organisationnel.
Comment inverser la tendance ?
Prioriser l’agriculture familiale
Il faut accorder la priorité à l’agriculture familiale sur la base d’une politique agricole qui soit en mesure de conduire le pays à la souveraineté alimentaire. Cela implique la mise en œuvre d’un système d’exploitation agricole durable à travers un plan global d’actions. Dans cette perspective, la protection des ressources naturelles s’avèrent fondamentales. On ne peut pas parler de plan stratégique de développement des récoltes sans tenir compte des problèmes réels et des ressources mobilisables du pays.
L’agronome Max François Milien définit l’agriculture familiale comme étant cette forme de production caractérisée par un lien étroit entre les activités économiques agricoles et les structures familiales. Il y a une tendance selon laquelle l’agriculture familiale ne repose que sur des facteurs rétrogrades. C’est une approche très erronée. Car, on en distingue plusieurs types, dont celui orienté vers l’exportation qui fournit de grandes opportunités aux exploitants. Ce type d’agriculture familiale dépasse de loin celui de la consommation exclusivement reposé sur la culture vivrière et celui de subsistance.
La priorité à accorder à l’agriculture familiale se justifie par le fait qu’il est historiquement prouvé que celle-ci a toujours été la principale caractéristique des exploitations agricoles du pays. Elle contribue à la préservation des produits traditionnels. Culturellement, les familles haïtiennes sont très attachées à la soupe au giraumon. La pérennisation de cette tradition ne dépend pas de la politique agricole du Ministère de l’Agriculture, encore moins des ONG, sinon des familles qui continuent à développer cette culture. Ce type d’agriculture pourrait contribuer à stimuler l’’economie dans la mesure où celui-ci s’inscrirait dans une politique spécifique axée sur la protection sociale et le bien-être des communautés. L’’agriculture familiale représente une grande source de production alimentaire et de création d’emplois dans la caraïbes et en Amérique latine. A l’’echelle mondiale elle représente 41% du PIB.
Le développement de l’agriculture familiale doit tenir compte de plusieurs paramètres dont, les conditions agro-écologiques, les caractéristiques territoriales, accessibilité aux marchés, accès à la technologie, accès au crédit. Vu la réalité du pays, la politique agricole devrait prioriser le développement de l’agriculture familiale moderne et compétitive. Il revient donc à l’Etat de fournir les encadrements aux exploitants, leur permettant de franchir les obstacles auxquels ils font face, et ce, en adoptant des mesures protectionnistes.

3.2.- Intervention de Odré VALBRUN, Professeur à la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV)
Sujet : Importance de l’agriculture familiale en Haïti, ses caractéristiques et son évolution
Quand on parle d’agriculture familiale il s’agit d’évoquer un concept avec différentes approches. Car on en compte plusieurs tentatives de définition. D’abord, celles axées sur des critères techniques, la taille des exploitations agricoles. Des critères qui ne tiennent pas forcément, dans la mesure où la taille des exploitations varie d’une région à d’autres, d’un pays à d’autres, de moins de 0.5 à 15 hectares, selon une étude publiée par la FAO en 1991. On tient compte également des finalités poursuivies par les exploitants du secteur. A ce niveau, il y a deux points essentiels à considérer : exploitation de subsistance, exploitation marchande. Là encore, ce critère est inadéquat. Car l’agriculture familiale, dépendamment du cas, peut avoir à la fois ces deux finalités. Il parait plus évident de considérer le mode de fonctionnement de l’agriculture familiale. Elle repose sur une main d’œuvre constituée des membres d’une même famille, où il n’existe pas un rapport salarial. Dans cette forme d’agriculture un fort pourcentage de la production est dédié à la famille pourvoyeuse du capital investi. On s’en sert de génération en génération. L’agriculture familiale est perçue donc en tant qu’une organisation agricole qui regroupe des exploitations par des liens organiques entre la famille et les unités de production, par la mobilisation du travail familial, par la combinaison de logiques domestiques et d’exploitations marchandes ou non marchandes.
L’agriculture familiale est la plus importante forme d’exploitation agricole, soit 90% sur l’ensemble. Selon des données statistiques datées de 2001, près de 60% des travaux agricoles s’étendent sur moins d’un hectare. Etant la principale source de revenu pour la population rurale, cette agriculture couvre à peu près 40% de la consommation actuellement contre 63% en 1982. C’est une agriculture en perte de vitesse, quand on considère l’écart grandissant entre la production et la demande. Durant ces vingt dernières années, son poids dans le Produit Intérieur Brut a considérablement réduit, de plus de 40% à 25%.


Diversification de l’agriculture familiale
Elle a une fonction à la fois sociale, économique et environnementale. Sur le plan économique, elle joue un rôle capital dans la consommation familiale, en garantissant aux exploitants un revenu qui leur permet de répondre à leurs obligations. N’ayant pas accès au crédit, ces derniers, dans la majorité des cas, n’ont d’autre choix que de recourir à des usuriers, se servant de leurs exploitations comme garantie aux crédits. L’agriculture familiale exerce une très forte influence sur la biodiversité. Dans cette pratique agricole les intrants chimiques sont très peu utilisés. Si on revient à la main d’œuvre, on se rend compte que les taches sont réparties entre les membres de la famille, où les hommes et les femmes occupent des responsabilités bien spécifiques. Les enfants y sont très impliqués en fonction de leur capacité. Tout au long de l’année, les exploitants s’organisent mutuellement. Cette forme d’entraide leur permet de compenser certaines faiblesses financières qui pourraient entraver la réussite de leur exploitation. Les départements de l’Ouest, Nord-est et l’Artibonite occupent la première place en termes d’exploitations basées essentiellement sur l’entraide. A défaut de pratiquer l’entraide, les prestataires de services perçoivent des produits comme rémunération. Avec l’accélération de l’exode rural, on constate qu’il y a une réduction considérable de la main d’œuvre. Et la transmission du savoir semble heurter à des problèmes majeurs. Car, de plus en plus de jeunes choisissent d’autres options que celles pratiquées par leurs parents. Avec un capital foncier rongé constamment par l’érosion, l’agriculture familiale se retrouve ainsi avec un personnel affaibli constitué majoritairement de travailleurs âgés.
La désuétude des outils utilisés contribue grandement à la non rentabilité des exploitations de l’agriculture familiale. À l’ère de la technologie de l’information et de la communication, les exploitants utilisent encore des pioches, machettes, etc. Et, malgré son importance, son apport à l’économie, les décideurs y accordent très peu d’attention.

3.3.- Intervention de l’Agronome Eliacin Magloire, Expert de l’Organisation pour la Réhabilitation de l’Environnement (ORE)
Sujet : Importance et valeur ajoutée des organisations paysannes dans les systèmes nationaux d’appui aux exploitations familiales : cas des semences
En guise d’introduction, Monsieur Magloire, détenteur d’une Maitrise en amélioration génétique des plantes décrochée à l’Université de Floride, a justifié son orientation vers le domaine de la recherche scientifique par le souci de mettre sa formation au profit des paysans de la plaine des Cayes qui faisaient face à des défis de taille, notamment la non disponibilité de semences de qualité, c’était au début des années 80. « Ces derniers se trouvaient dans l’obligation de s’acheter des semences de maïs en quantité avant de pouvoir en faire le tri », un exercice difficile et archaïque, explique-t-il.


La semence améliorée et ses avantages
La semence améliorée offre de grands avantages aux utilisateurs en ce sens que, d’une part, elle assure la rentabilité des productions et d’autre part, elle résiste mieux aux maladies et à la peste.
« On est unanime à reconnaitre que le phénomène du changement climatique constitue une véritable menace pour l’humanité. Certains pays, préoccupés par cette situation, développent actuellement des matériels génétiques adaptés à la sécheresse ». Où se trouve Haïti face à cette nouvelle obligation ? « Personne, semble-t-il n’y réfléchit. On attend, peut-être que les problèmes nous surprennent avant de solliciter le support des pays voisins », insiste l’expert en exhortant les concernés à faire preuve de capacité d’anticipation.
Historique du développement de la production de semence en Haïti
1970 – Service d’Etudes et Recherche Agricole (SERA)
1979 – Services National pour les Semences Améliorées (SENASA)
1978 – 1981 Centre de Conditionnement de Semences Améliorées (CECOSAM)
1983 – Centre de Recherche et de Documentation Agricole (CRDA)
1984 – Essaie de Production de Semences (Maïs la Maquina) TAMU/ Ferme Levy)
1985 – Etudes sur les Semences (Industry Council for Developement)
1986 – Collaboration sur le Programme de Production de Semences (FAO- MARNDR)
1992 – Distribution de plus de mille tonnes de semences de maïs par la (FAO et MARNDR)
1993 - 1996 Seed Program implémenté par (ORE et SAID)
1995 – Commission Interministériel de Production et de Distribution de Semences Améliorées (CIPDSA)
1995 – Prêt et Assistance Technique pour la Production de Semences améliorées (ORE-BID)
1999 – Programme National Intrants et Semences (PNIS)
2000 – 2001 Hurricane Georges Recovery Programm ORE-USAID-HGRP
2000 – 2001 Programme d’Appui à la Production de Semences Améliorées (CIAT)
Durant ces 30 dernières années le pays a connu différents programmes en ce qui concerne la production et la distribution de semences. A noter que durant une très longue période quasi toutes les opérations étaient concentrées à Damien. En 1992, le bilan alimentaire d’Haïti affichait des notes très négatives. A cette époque là, on estimait à plus d’1 millions 400 milles Tonnes les besoins alimentaires pour une population d’environ 6 millions d’habitants, alors que la production agricole ne dépassait pas les 763 milles 500 Tonnes. Une partie du déficit a été comblée grâce aux aides étrangères. Garantir l’autosuffisance alimentaire de la population s’impose comme un véritable défi. Pour y parvenir, le chercheur croit nécessaire de mettre des semences de qualité à la portée des paysans évoluant dans différentes filières de la production agricole.
« On ne peut pas se fier aux semences étrangères pour la simple et bonne raison que celles-ci peuvent accuser des failles en termes d’adaptabilité. Nous devons rompre avec cette vielle habitude d’importer des semences de la République Dominicaine et des Etats-Unis d’Amérique ». Investir dans la recherche agricole, tout en ayant soin de faire le choix d’un système de production de semences appropriés, est l’une des conditions sine quanun vers la satisfaction des besoins alimentaires de la population. Des différents systèmes de production de semences existants, Agr. Eliacin Magloire a fait le choix du modèle axé sur un groupe de recherche unique, spécialisé à la fois dans la production des semences de base et celles destinées à la commercialisation. C’est le modèle le moins couteux expérimenté, il y a plus de 25 ans à travers l’Organisation pour la Réhabilitation de l’Environnement (ORE).
Le Centre de production de semences de l’Organisation pour la Réhabilitation de l’Environnement a une capacité de stockage de 400 tonnes. L’institution dispose d’un groupe constitué de deux (2) agronomes, trois (3) techniciens et deux (2) travailleurs. Leur spécialité c’est le développement de différentes variétés. Grace à une démarche simple et inclusive l’ORE a défini des zones de production et formé 250 producteurs de semences de maïs qui ont largement bénéficié d’un programme de crédit financé par l’Organisation pour la Réhabilitation de l’Environnement. Leur engagement était de multiplier les matériels génétiques que l’ORE avait mis à leur disponibilité, et d’autre part l’Organisation devait s’approvisionner des récoltes sur la base d’une politique de prix légèrement supérieur au marché, avant de les stocker dans son centre à Camp-Perrin, commune du département du Sud. L’ORE dispose de 4 zones de production. A Tuffet, Ils ont produit une variété de maïs appelée la Macina 7827 et Tamazurapa, une semence de haricot. Ils développent l’ORE 87, une variété de haricot dans la première section communale de Camp-Perrin; à Laborde, aux Cayes ils expérimentent une variété de maïs appelée Chikencorn CC1 ; et une superficie de 150 hectares était réservée à la production de semences de maïs hybride. La délimitation des zones de production a permis d’éviter tout mélange hétérogène. En termes de résultats, sur une période 8 ans allant de 1993 à 2001, l’Organisation pour la Réhabilitation de l’Environnement a enregistré une production de semences améliorées de : 1,974 Tonnes métriques de maïs, 582 Tonnes de haricots, et 134 Tonnes de sorgho.
Trois (3) Variété de maïs produite : Chickencorn CC1, la Maquina 7827, Apollon 1-9 ; 3 variétés de haricots : L`ORE 87, 24 et 566 ; 2 variétés de sorgho : Kòkòt 74 et Dodo 97.
Avec cette expérience, les producteurs ont pu profiter des avantages directs et indirects du programme qui leur a garanti le renforcement de leur revenu (soit plus de 21 millions de Gourdes) en 2001 et l’augmentation du rendement à l’hectare. Voilà un modèle qui pourrait stimuler la production locale vers l’autosuffisance alimentaire, a conclu l’Agronome Eliacin Magloire, avec son actif plus de 35 ans consacrés entièrement à œuvrer activement pour le développement de l’agriculture en Haïti
3.4.- Intervention de l`Agronome Jean Matus Lucien, responsable de production végétale et transformation à SECAL.
Sujet : Contribution de l’agriculture familiale au renforcement de la sécurité alimentaire en Haïti, enjeux et perspectives
Durant un quart d’heure, l’intervention de Jean Matus Lucien a tourné autour du projet SECAL présenté comme une étude de cas.
Par un simple rappel, il souligne qu’au cours des années 90, l’imposition de la politique d’ajustement structurel par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale aux pays du Sud et en voie de développement a eu un impact très négatif sur les investissements publics dans le secteur agricole. Cette politique contribuait à appauvrir les habitants des zones rurales. Conscients des effets négatifs de ces mesures d’ajustement, à partir de l’an 2000, ces institutions internationales ont misé sur de nouvelles approches, en définissant des objectifs du millénaire de développement basés sur de nouvelles stratégies d’accompagnement. C’est dans cet ordre d’idée que 2014 a été déclaré année mondiale de l’agriculture familiale. Ce cheminement donne lieu à de nouveaux paradigmes, où l’on peut constater des formes de subvention directe aux exploitants agricoles. Dans le département du Sud, les bailleurs financent 3 projets : SECAL, RESEPAG, et PMDN.
Le projet SECAL, mis en œuvre par le Ministère de l’Agriculture à travers le Direction Départementale de l’Agriculture du Sud (DDAS), est fiancé par l’Union Européenne à hauteur de 12 millions Euros. Lancé en février 2013 à Avezac, Dubreuil et à Moreau-Tuffet, ce projet s’étend sur 4 ans, ayant pour objectif d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations du département du Sud et de générer des revenus additionnels en milieu rural.
Le SECAL renferme cinq (5) composantes : renforcement de la filière maïs, renforcement de la filière œufs, renforcement de la Direction Départementale de l’Agriculture du Sud (DDAS), recherche agricole et contribution à la politique d’achats locaux. En ce qui concerne la production de maïs, les semences, les fertilisants et les travaux de labourage sont subventionnés à 100%. Dans le cadre de ce programme, l’Organisation pour le Réhabilitation de l’Environnement (ORE) intervient dans la gestion des incitations et fournit des accompagnements techniques aux producteurs. Elle se charge également des recherches agricoles. Et les transactions financières s’effectuent via la Banque Nationale de Crédit (BNC). De février 2013 à 2014, le projet a appuyé trois campagnes de production de maïs au profit de plus de 1500 planteurs. Il prend en compte la fonctionnalité des canaux d’irrigation des zones cibles. Pour un meilleur stockage des produits, deux silos métalliques à air confiné seront installés à Ducis et à Tuffet.
En termes de résultats, le projet SECAL favorise une augmentation de la production de maïs avec un rendement de 2.5 Tonnes à l’hectare contre 0.8/ha, et joue positivement sur le revenu des producteurs. Grace à ce mécanisme des organisations locales ont pu développer des services fournisseurs dont le SECAL s’approvisionne en plantules, maïs, engrais, et services de labourage.
C’est un ambitieux projet avec des résultats tangibles, certes, mais sa mise en œuvre éprouvait des difficultés, a fait remarquer Jean Matus Lucien, chargé de la production végétale et transformation. Certains agriculteurs ont manifestement biaisé les informations relatives aux superficies exploitées pour profiter davantage de financement ; dans certains cas les engrais, déjà insuffisants et parfois rares, destinés aux plantations de maïs, sont détournés au profit de la production de haricots ; et ils ne respectent pas les itinéraires agricoles définis par les techniciens.
Fort de ces expériences, des recommandations ont été formulées par l’Agronome. Il s’agit de: mesurer systématiquement les parcelles cultivées ; isoler les agriculteurs fraudeurs, mettre sur pied une structure chargée du suivi et d’accompagnement plus rapprochée des bénéficiaires capable de garantir l’application stricte des itinéraires techniques ; renforcement des superviseurs de l’Organisation pour la Réhabilitation de l’Environnement ; recherche de solutions régionales en collaboration avec les taïwanais en vue de garantir la disponibilité des fertilisants. Très prochainement, d’autres cultures seront touchées par le projet SECAL, promet Jean Matus Lucien qui projette de démarrer les activités de stockage et de transformation durant l’année 2014. Dans cette même perspective, il annonce un dernier volet : achat de produits locaux, tel que le maïs moulu, destinés au Programme National de Cantines Scolaires (PNCS).

3.5.- Intervention de l`Agronome Pierre Jeune, Directeur du Projet de Coopération pour le Développement de la Filière céréalière dans la Valée des Cayes MARNDR / Mission Technique de Taiwan
Sujet : Enseignement des organisations paysannes dans la production agricole, les facteurs clés de réussite et les initiatives pour surmonter les contraintes
Projet rizicole de Torbeck, étude de cas
En 2009, via une coopération bilatérale entre Haïti et la République de Chine, le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) a lancé le projet rizicole dans la plaine de Torbeck, comportant deux volets : production et commercialisation. Ce projet devait durer 3 ans. Si bien avant son implémentation, on y comptait déjà des producteurs de riz, il ne reste pas moins vrai que cette culture était pratiquée quasi exclusivement sans assistance technique. Les semences de qualité faisaient défaut, absence de service de mécanisation, dysfonctionnement de la majorité des systèmes d’irrigation, structures de transformation post-récolte en désuétude, d’autant que ces planteurs profitaient très peu de la faible commercialisation de riz au niveau local dont la production ne dépassait pas un (1) Tonne métrique à l’hectare. L’objectif principal du projet était d’augmenter la production rizicole dans la région sur une superficie de 3 milles hectares.
Résultats obtenus
La superficie cultivée a augmenté de plus 2 milles 400 hectares lors de la 5ième campagne en 2012. Environ 6 milles producteurs encadrés, soit 0.4ha/planteur. Le rendement a connu une hausse passant d’une Tonne Métrique à l’hectare à 3.5 TM/ha. La production de la variété PADDY s’élève à 35 milles Tonnes Métriques, soit l’équivalent d’environ 20 milles TM de riz commercial. Et grâce aux travaux de drainage effectués dans la région quelque mille hectares ont été mis en valeurs. Des organisations rurales dont, WELCHE, CHARLETTE et ISLET MASSE se voient doter des infrastructures de transformation.
Contribution des organisations rurales dans la réussite du projet
Ces organisations ont joué un rôle extrêmement important dans la matérialisation de ce projet. Car, elles constituaient les courroies de communication, de sensibilisation et de motivation des planteurs éparpillés généralement dans des localités difficiles d’accès. Elles interviennent dans la coordination des services de mécanisation, la distribution d’intrants, entre autres. Leur répartition dans toutes les zones cibles a facilité la collecte de riz destiné à la commercialisation. Ce sont des structures plus ou moins régulières très proches des agriculteurs, appelées à assurer la continuité des actions après la fermeture du projet. Elles se révèlent une alternative capable de dispenser certains services de base aux planteurs, en fournissant des encadrements techniques, labourage, pour ne citer que ceux là.
Les organisations rurales accusent cependant certaines lacunes qui entravent par conséquent leur bon fonctionnement. Les membres ne sont pas tous impliqués. Car le plus souvent elles tournent autour d’une seule personne ou quelques dirigeants. Elles souffrent grandement d’un manque de structuration. Ce qui fragilise leur mode de gestion et d’exécution des travaux. La Majorité d’entre elles fonctionnent sans aucune reconnaissance légale. On les retrouve dans presque tous les secteurs de vie rurale. Faibles du point de vue financier, celles-ci manquent de transparence. Ce qui entraine très souvent des conflits internes d’autant qu’elles n’ont pas accès au crédit. Et elles dépendent largement des institutions publiques, privées et des ONG. Des nombreuses organisations qui existent dans les zones d’interventions du projet trois seules dont WELCHE, CHARLETTE et ISLET MASSE correspondent le mieux au profil recherché.
Mesures de redressement
Le directeur du Projet de Coopération pour le Développement de la Filière céréalière dans la Valée des Cayes croit qu’il serait bénéfique à ces organisations de redéfinir leur existence selon les besoins réels de développement local et non pas uniquement en fonction des motivations personnelles ou des intérêts de leurs dirigeants ; de régulariser leur statut juridique. Dans la perspective d’investissements durables, l’accessibilité au crédit à de faibles taux leur est indispensable. L’Ingénieur-Agronome estime importante et vitale la formation continue des cadres en vue d’une meilleure capacité de gestion. Elles devraient développer une dynamique d’autogestion afin de combattre la passivité qui les caractérise trop souvent en absence de projet financé par d’autres institutions. Ce sont entre autres des remarques faites par l’Agronome Pierre Jeune en termes d’observation lors de l’évaluation finale du Projet de Coopération pour le Développement de la Filière céréalière dans la plaine de Torbec, basé exclusivement sur la riziculture.
Un deuxième Projet de Coopération pour le Développement de la Filière céréalière dans la Valée des Cayes a été signé entre les mêmes parties, à savoir, Haïti et République de Chine, à la demande du gouvernement haïtien, à travers le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR), en mars 2013. Ce projet poursuit les buts suivants : Garantir les acquis du projet de Torbeck, étendre les actions d’encadrements vers les filières maïs et haricots. Et l’objectif c’est d’augmenter la production agricole dans la plaine des cayes. Les opérations agricoles visent 3 milles hectares de riz et 4 milles hectares de maïs et de haricots dans trois communes : Cayes, Torbeck et Chantal, zones irriguées et sèches incluses. Pour une parfaite mise en œuvre de ce projet, plusieurs partenariats sont en vue, notamment avec la Faculté d’Agronomie de l’Université Notre Dame d’Haïti pour la formation des cadres, la ferme de Lévy à Camp-Perrin pour un appui au développement de la capacité étatique en termes de production de semences dans le département du Sud.

3.6.- Intervention de l`Agronome Jean Sylvain Régis, spécialiste en biologie aquatique et Directeur exécutif de la Ferme Expérimentale de l’Université Notre Dame d’Haïti (UNDH), Cayes
Sujet : Evaluation du potentiel aquacole en Haïti, renforcement de la pêche dans les Sud
En général, les poissons représentent 69% de la production aquacole du pays. On en distingue deux types : ceux qui vivent dans la mer et ceux qu’on trouve dans l’eau douce. Sur l’ensemble du pays, l’aquaculture et pêche en mer fournissent environ 5 milles Tonnes pour une population de quelque 8.5 millions habitants, selon les statistiques. Or, la quantité importée dépasse les 15 milles Tonnes. Des données pas assez fiables si on tient compte des activités clandestines. A nos jours le domaine de la pêche est sous-exploitée vu les opportunités qu’il offre aux exploitants. On pourrait en produire 16 milles Tonnes, si les moyens d’exploitation y répondaient, explique le panéliste. Cette déficience affecte davantage la sécurité alimentaire de la population. La négligence de ce secteur abandonné à une large majorité d’exploitants non formés, dit-il, provoque une fuite de devises dans l’économie haïtienne. Pourtant, selon Monsieur Régis, les décideurs politiques pourraient utiliser l’aquaculture comme un instrument de lutte contre la pauvreté en milieu rural.
Etat des lieux de l’aquaculture en Haïti
« L’aquaculture n’est pas un secteur stratégique pour l’économie haïtienne à proprement parler, certes, mais elle pèse lourd dans les zones côtières du pays, où elle contribue grandement au maintien de l’emploi », affirme l’intervenant. Ce mode de production de poissons destinés à la consommation et au repeuplement des milieux naturels ou semi-naturels s’est développé considérablement au cours de ces trente dernières années. Fournissant environ 400 Tonnes Métriques en termes de production, elle est pratiquée, d’une part, par de petits entrepreneurs qui nourrissent leurs poissons en partie d’aliments locaux et, d’autre part, par des entreprises spécialisées plus ou moins grandes qui importent des produits pour nourrir les siens. L’aquaculture n’implique pas uniquement la culture des animaux. Elle embrasse également les plantes y relatives. Ici, en Haïti, on reste encore limité à la première dimension. Elle est subdivisée en plusieurs types d’élevage ou de culture :



- Pisciculture : élevage de poissons
- Tilapiaculture : élevage de Tilapia
- Crevetticulture : élevage de crevettes
- Repiculture : élevage de réptiles
- Carpiculture : élevage de carpes
-Rizi-pisciculture :élevage de poissons et culture de riz


Coup d’œil sur la production de l’aquaculture à l’échelle mondiale
On distingue 4 groupes d’espèces : les poissons qui représentent 69% de la production animale aquatique; les crustacés, 4.2% ; les mollusques, 18.3% et les plantes aquatiques, 27.8%.
L’aquaculture a une grande importance sur le plan nutritionnel. Dans certains pays en développement le faible prix du poisson par rapport à celui de la viande d’animaux terrestres fait de lui la principale source de protéines animales. C’est à peu près le même cas de figure dans les pays développés : la consommation augmente selon les revenus.
Les technologies liées à l’aquaculture sont susceptibles de favoriser l’exploitation des zones peu favorables à l’agriculture, et, contribuer à enrichir les connaissances sur les milieux apparemment fragiles (étangs, lagunes, marais, estuaires, lagons, mangroves etc.)
S’appuyant sur des images pour illustrer ses explications sur l’aquaculture, le spécialiste opte pour une vision à long terme, en vertu de laquelle il serait possible de développer des techniques modernes liées en vue de saisir les opportunités offertes par la péninsule du Sud. « Tout développement en aquaculture et en pêche continentale suppose la mise en place d’une écloserie moderne capable de produire des alvins à grande échelle », poursuit Jean Sylvain Régis en instant sur mécanisme de production basée sur des mesures de contrôle strict tout au long du processus. Car la qualité des poissons produits dépend des choix antérieurs des géniteurs. Il s’agit donc d’un domaine qui requiert beaucoup de professionnalisme, prévient-t-il. Les déjections de porcs peuvent être utilisées à les nourrir. Voilà pourquoi il propose une culture porcs/poissons dans un même espace bien administré. Cette culture mixte peut s’étendre également à d’autres composantes telles : poules/poissons, riz/poissons.
Le développement de l’aquaculture pourrait encourager la création d’aquariums à travers le pays, une source de devises pour l’économie. En ce qui a trait à la pêche, celle-ci se pratique sans gestion ni contrôle. Cette pratique s’impose comme un véritable défi pour le Ministère de l’agriculture dont les ressources humaines et financières font défaut. Le pays détient un fort potentiel en ressources maritimes, classé en deuxième position dans la Caraïbes après la Cuba, avec plus de 1500 kilomètres de côtes. Le secteur de la pêche à elle seule regroupe 52 milles familles et près de 20 milles commerçants. Malgré son importance en termes de création d’emplois elle reste un des secteurs les plus négligés.


4.- Déroulement du Panel 2 : Mécanismes et stratégies de développement des exploitations agricoles
Modérateur : Monsieur Louibert Meyer, Directeur de la Télé Lumière

4.1.- Intervention de l`Agronome Pierre Leger et des membres de son équipe
Sujet : «Contribution de l’agriculture contractuelle au développement économique en Haïti».
Agr. Leger a débuté les interventions du second panel en vantant la vertu des coopératives comme une structure efficace pouvant améliorer l’économie paysanne. Son engagement dans ce secteur d’activité lui a permis de créer un mouvement de coopératives dans le département du Sud.
L’entrepreneur a dénoncé l’approche des Organisations Non Gouvernementales (ONG) qui font leur fortune sur la misère des pays du tiers monde. Il a insisté sur la logique hypocrite de ces organisations qui, selon lui, prétendent apporter de l’aide aux pays pauvres. En guise d’appui au développement, elles empochent la majeure partie des fonds dédiés à cet effet.
Il revient aux haïtiens de prendre leur destin en main afin de changer leurs conditions d’existence. Car les noirs, dit-il, en général, ont de grandes potentialités comme en témoigne sa propre expérience. Faisant partie d’une mission au Rwanda, après le génocide soldé par près d’un million de morts, Pierre Léger s’est montré fier d’avoir pu réaliser, dans des conditions difficiles, la création d’une plantation de patchoulis, une plante aromatique. Une initiative qu’il considère comme une réussite là où certains étrangers le côtoyant ont échoué.
Importance des mouvements de coopératives dans le développement agricole
L’un des collaborateurs de Pierre, un expert en parfumerie qui s’approvisionne des racines de vétiver issues de la Coopérative de Baselais a brièvement exposé la situation du secteur dans la région. « On est parti de rien pour mettre en place la structure de l’industrie de la parfumerie au Cayes », a-t- il dit. Tout a commencé avec des collecteurs et des fouilleurs. Il a fallu presque deux ans pour mettre en place cette structure. Mais c’était un bon timing par rapport au contexte.
La coopérative de Baselais a pris une année à se mettre en place. Il a fallu du temps avant de convaincre les planteurs de l’intérêt d’une telle initiative. Car leur principal souci était de savoir si le prix du vétiver allait augmenter. Or il est impossible de le payer deux fois ou trois fois plus, même avec les meilleures intentions, explique l’expert.
De plus, á l’échelle mondiale, on demande avec insistance de justifier la traçabilité des produits, surtout l’huile de vétiver qui est un ingrédient essentiel de la parfumerie. Par conséquent, en fonction du prix, de la filière, du contexte social et culturel on est amené à créer une structure nous permettant d’être le plus fiable possible. Il s’agit donc de justifier la provenance du vétiver, partant du champ d’exploitation à la commercialisation de cette huile.
Après de nombreuses rencontres avec les planteurs, nous sommes parvenus à créer la Coopérative de Baselais en vertu de laquelle la traçabilité est garantie, sans quoi il serait impossible d’obtenir de (ECOCERP) la certification de l’huile de vétiver.
Nous apportons á chaque kilo de racine livrée une prime annuelle consacrée aux financements des activités de la Coopérative. Cette vision est axée sur une approche sociale. Grâce à ces fonds, une route a été construite en vue de désenclaver les trois localités regroupées au sein de la Coopérative. Cette infrastructure s’est révélée capitale pour les communautés qui y vivent en leur facilitant un meilleur accès aux soins de santé et le transport des denrées.
« Ca valait bien la peine de mettre cette structure en marche. Car, vu son impact et son importance, aujourd’hui elle compte plus de 150 adhérents, et ce nombre croit de façon constante. Des la mise en place de cette Coopérative à nos jours tous les membres fondateurs sont actifs. Donc, le message est relativement positif. Cette relation réciproque qui existe entre nous et les planteurs dépasse de loin un simple rapport vendeur-commerçant. D’autant qu’elle facilite une meilleure circulation des produits. Notre situation financière n’est pas optimale mais on essaie d’améliorer l’économie des planteurs dans la mesure du possible via la Coopérative ».
Selon Compère Joseph, Président de la Coopérative des planteurs de vétiver de Massey Faucault Bazelais (KPVMFB), sa participation au briefing est fort importante. « On travaille sérieusement et sans répit depuis 2012. Il est un peu difficile de pérenniser un mouvement de coopérative. Mais, les paysans sont largement satisfaits des résultats. Même s’il reste encore beaucoup à faire. La Coopérative a favorisé la hausse de revenu des sociétaires. Ceux-ci disposent de 15% de bénéfice sur les ventes (racines de vétiver) et d’un dépôt pour le stockage des racines de vétiver. Le reste de la population locale bénéficie également des réalisations de la KPVMFB au niveau d’infrastructure. Don son intervention, le Président de la Coopérative, avec un peu plus de précision, indique que la route a été financée à hauteur de $ 25 mille dollars américains.
Et la Coopérative entend poursuivre ses activités communautaires. « On se donne le défi de réaliser des choses positives chaque année », indique Joseph Compère qui annonce pour bien tôt la construction d’un centre de santé dont les localités ont énormément besoin. Toutefois, il a plaidé pour de meilleures relations entre les dirigeants de la coopérative et les paysans.

4.2.- Intervention de l`Agronome Vilaire GUERRIER, Membre de cabinet du Ministre de l’Agriculture
Sujet : Agriculture Familiale à l’égard du Programme Triennal de Relance Agricole du Ministre de l’Agriculture (PTRA)
L’élaboration du Programme Triennal de Relance Agricole du Ministère de l’Agriculture est liée au contexte post-catastrophe du tremblement de terre du 12 janvier 2010. En effet, il vise la coordination des investissements vers la dynamisation du secteur agricole.
Agr. Villaire Guerrier précise que l’agriculture reste le plus grand pourvoyeur d’emplois en Haïti. Selon un recensement général du Ministère de l’Agriculture le pays dispose de 750 mille exploitations inferieurs à un hectare par rapport à plus d’un million d’exploitants.
On doit retenir deux éléments sur la question d’opportunités : d’abord, l’identification de réserves foncières dans le Nord-Est et Plateau Central pouvant jouer un rôle essentiel dans la production agricole. Ensuite, le marché de niche qui se situe au niveau du CARICOM. Cependant, les contraintes sont nombreuses, note l’intervenant en insistant particulièrement sur celle liée á la croissance démographique. Au fil du temps, l’exode rural a entrainé un effet dévastateur sur la production agricole. Le déplacement massif de la population rurale vers les zones urbaines justifie l’augmentation des prix des produits à cause des coûts de transports. Tandis que 50 ans avant, ces déplacés vivaient à proximité des zones d’exploitation dont ils dépendaient en tant que consommateurs.
Le Ministère de l’Agriculture a lancé ce programme sous la base de son importance. Le PTRA est un cadre de coordination doté de mécanismes visant à harmoniser l’ensemble des interventions dans le secteur agricole en vue d’une utilisation efficiente des ressources. Il est aussi un outil de planification des financements futurs pour éviter des duplications. Ce plan est à la fois stratégique et opérationnel parce qu’il clarifie la vision agricole du Ministère de l’Agriculture grâce à un ensemble d’objectifs, et présente des mécanismes de mise en œuvre de cette vision. Il est important de préciser que PTRA n’est pas un document de politique agricole comme certains veulent le faire croire.
L’application de ce programme prévoit la modernisation du Ministère de l’Agriculture, soutient Vilaire Guerrier qui présente le PTRA comme un nouveau souffle pour cette institution. De nouveaux cadres seront recrutés selon les modalités préétablies. Le Programme de Triennal de Relance Agricole, explique Monsieur Guerrier, devrait contribuer à la croissance de la productivité des exploitations.
Le PTRA contient quatre sous programmes, avec des objectifs spécifiques à travers une bonne coordination des activités à entreprendre dans chacune des filières. Des mesures seront mises en place afin de s’assurer de l’applicabilité des mécanismes sur le terrain par rapport aux résultats escomptés. Le premier sous-programme priorise le développement de l’agriculture familiale, puis, un sous-programme de renforcement de l’agriculture à finalité commerciale car, même s’il s’agit d’une agriculture familiale, on entend parvenir à un niveau de production qui puisse satisfaire la consommation locale. Ensuite, le sous-programme de développement des infrastructures rurales et l’aménagement des bassins versants en vue de réduire l’impact de la dégradation de l’environnement sur la production. Enfin, il y a le renforcement institutionnel qui tend particulièrement à la réforme du Ministère de l’Agriculture.
La mise en œuvre de ces sous-programmes nécessite la prise en compte des bassins versants et la potentialité de chaque zone. L’approche filière qui doit fournir un cadre de fonctionnement propice à des valeurs ajoutées sur le produit final.
Les critères de ciblage des zones seront déterminés en fonction de leur potentialité. On insistera également sur leur niveau de vulnérabilité afin de savoir le type d’appui adéquat à chaque région.
Il est question de deux sous-critères formellement : d’abord, des exploitations avec des superficies inférieures à un hectare exploitées par la main d’œuvre familiale. D’après un recensement général du Ministère de l’Agriculture 73% des mains d’œuvres familiales travaillent dans ces exploitations. Enfin, le second sous-critère concerne les exploitations qui utilisent des superficies supérieures à un hectare représentant moins de 30% des producteurs.
Le fonctionnaire a proposé un rapide survol des différentes formes d’agriculture pour comprendre le mécanisme de ciblage du Ministère de l’Agriculture. Elles s’articulent autour de deux éléments : la cellule familiale et le marché qui est secondaire. L’agriculture paysanne se base sur le même principe. Mais le plus important c’est la diversification des systèmes pour pouvoir optimiser le rendement de la production.
Selon une recherche, s’agissant de l’agriculture de subsistance, la production céréalière par habitant avoisine les 300 kg par an. Toute exploitation, produisant moins de 300 kg de céréale par paysans et par an, est considérée comme une activité de subsistance parce qu’elle ne dispose pas d’assez de produits pour alimenter le marché.
Le profil d’exploitation agricole est de savoir comment le Ministère soutiendra le sous-programme d’appui à la culture familiale. Il y parvient grâce à des supports et des subventions aux agriculteurs. Comme ils ne sont pas répertoriés, la distribution de semences et de fertilisants demeurent difficiles mais le Ministère travaille pour les enregistrer en vue de faciliter la tâche. Il y a la promotion de l’agriculture conservatoire à partir des incitations environnementales qui seront matérialisées à travers des primes. Tout paysan qui reçoit un coupon de service pourra participer à une formation et recevoir des plantules.
Enfin, on retrouve deux constances dans les modèles d’agriculture : la cellule familiale et le marché. Toutefois, il faut vite préciser que si les petits agriculteurs produisent pour le marché. Ils ne cherchent pas à croître leurs capitaux mais ils veulent obtenir un complément à leurs besoins au niveau de l’alimentation familiale.
L’agriculture familiale peut utiliser les nouvelles technologies dans l’irrigation et la culture de sous- système. On essaie de mettre en place une synergie entre les différents sous-programmes pour qu’on arrive au développement de l’agriculture familiale. Afin que ceux qui s’y adonnèrent puissent aboutir à un modèle oscillant entre le modèle d’agriculture paysanne et le modèle basé sur une approche entrepreneuriale.



4.3.- Intervention de Frère Rosalva Jacques, Responsable de la Communauté des Petits Frères de Port-Salut
Sujet : « Expériences de Régénération de la Terre comme Support à l’Agriculture Familial»
Le responsable de la Communauté des Petits frères et sœurs, Rosalva Jacques a fait éloge pour la décision de l’Université Notre Dame d’Haïti d’accueillir cette initiative à laquelle il a été invité. Une initiative qui lui a octroyé l’opportunité de partager son expérience au sein de la Communauté des Petits Frères de Saint-Thérèse.
La Congrégation fut fondée en 1960 par un Prête haïtien, le père Famèse Louis Charles qui s’est toujours reconnu comme un paysan et a vécu une énorme passion pour son peuple. Son ambition était de sauver Haïti, sauver la terre qui est soumise à l’érosion, embellir le pays en lui redonnant ses forêts et en permettant aux paysans « ses gardiens de la terre » de tirer du sol leur survie.
« Pour avoir vécu pendant un certain nombre d’années du Père Louis Charles, on a pu remarquer que toutes ses préoccupations se déroulaient autour de trois mots : terre, paysans, paysannerie. Voilà ce qui justifie davantage l’objet de la congrégation qui vise à donner au travail de la terre sa valeur rédemptrice. Il s’est engagé dans ce combat en vue d’améliorer le sort tant spirituel que temporel des familles paysannes. Pour lui entre l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et le travail de la terre il y a un lien très étroit. C’est dans cet esprit qu’il a écrit : « les préjugés du travail des champs tomberont quand les femmes et les hommes instruits, á commencer par les consacrés, se mettront á cultiver la terre ». Ainsi, il a voulu proposer une nouvelle forme d’évangile.
Cet homme de Dieu voyait encore beaucoup plus loin en affirmant : « c’est quand la formation pratique sera liée au savoir qu’Haïti sera sauvée et que le pays connaitra des jours heureux ». C’était pour lui une autre façon d’éduquer : « l’éducation rentable ». Un concept qu’il employait en se référant à l’apprentissage des pauvres paysans par le travail manuel, de manière à développer l’esprit pratique en vue d’améliorer leur situation économique, à ne pas laisser gaspiller les richesses naturelles mises par Dieu à leur portée, à ne pas détruire.
La Congrégation offre aux élèves qu’elle prépare pour l’avenir la possibilité de choisir un métier manuel : mécanique, arts ménagers. Grâce à cette directive, à la fin de la 9ème année, en plus du diplôme octroyé par le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle, ils seront des professionnels.
Notre mission nous amène dans les endroits les plus éloignés du pays. Le soutien des paysans est la raison d’être même des Petits Frères de Saint Thérèse.
Les congrégations de Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus sont l’œuvre de la grâce de Dieu et de la coopération de ce prêtre qui a réalisé que pour bâtir une société chrétienne, il faut la convergence de trois valeurs : le travail, l’amour et la liberté. Ces valeurs corrompues et dégradées par le péché au cours des siècles ont été particulièrement avilies en Haïti par l’esclavage.
La réappropriation de ces valeurs doit entrer dans nos mœurs. Cet œuvre de reconversion des valeurs nécessite des femmes et des hommes qui y consacrent leur vie. Donc, le père Louis Charles a fondé les Petites Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et les Petits Frères, dans cette optique. « De même que les moines d’occident, nous dit-il, ont contribué à faire l’Europe par alliance du triple effort corporel, intellectuel et spirituel, de même les moines modernes, que doivent être les petites sœurs et les petits frères de saint Thérèse de l’enfant jésus, peuvent aussi contribuer à faire Haïti par l’alliance du travail manuel, de l’intelligence et du cœur ».
Pour parvenir à cette mutation de mentalité, il a voué ses filles et ses fils à ce qu’il appelle : « l’éducation rentable » .C’est-à-dire, la formation de personnes capables de réaliser par eux-mêmes leur progrès global (matériel, humain et chrétien). D’où les trois principaux objectifs des promoteurs de l’éducation rentable:
• Préparer des techniciens, former des moniteurs, équiper les ateliers d’artisanat rural, mettre les terres en valeur pour développer le sens de la maitrise du monde par le travail.
• Mettre en place des structures communautaires, établir des coopératives de crédit et d’épargne (caisses populaires) de production et de consommation afin de développer le sens de l’amitié entre les hommes par la coopération.
• Révéler à l’homme ce qu’il est en révélant ce qu’est Dieu par une évangélisation adaptée pour développer le sens de sa dignité et de sa liberté.
C’est tout le programme de la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde. Il a été repris par Paul V1 dans l’encyclique sur le développement des peuples et que pie X11 l’a désigné jadis sous le nom de consécration du monde, c'est-à-dire le retour à Dieu des réalités terrestres.
Dans le pays, la congrégation travaille dans sept diocèses. Elle dispose de dix sept postes de missions et des ateliers. Ainsi, elle accompagne des groupes de paysans dans le reboisement, la protection de sol et des sources d’eau, la production d’alimentaire. Nous intervenons aussi dans la formation des jeunes, la pastorale, la catéchèse et toute activité visant le bien être physique et spirituel de l’individu.
Dans un tableau qui représente son expérience à Palmiste- à -Vin, (support-image), le frère Jacques soutient que : « la zone était vide presque désertique à notre arrivée en 1981. Nous l’avons changée, nous l’avons donné une nouvelle forme. Maintenant, si vous vous y rendez, vous aurez envie d’y rester. Elle devient un paradis par rapport à ce qu’elle était 33 ans auparavant ».
«Notre mission est grande, nous sommes établis également à San Pedro de Macoris en République Dominicaine. Nous sommes présents aux cotés des paysans. Donc le travail est vaste ».


4.4.- Intervention de Claude Lapointe, Directeur du Système de Financement et d’Assurance Agricole en Haïti (SYFAAH).
Sujet : « les organisations paysannes face à l’assurance agricole et au crédit agricole : les facteurs-clés de réussite et les initiatives pour surmonter les contraintes»
Le système de financement agricole en Haïti a été sollicité par le Ministère de l’Agriculture. Il y a environ cinq ans. Dans le but d’essayer de comprendre le travail des producteurs. Quels sont ses besoins ?
D’abord, le producteur doit avoir les connaissances techniques liées à la filière qu’il veut exploiter. Ensuite, il doit faire une analyse prévisionnelle des revenus et des dépenses de sa production, tout en ayant accès à des semences de qualité, des intrants appropriés à la filière, y compris des outillages et des équipements adéquats, et la mobilisation d’une main d’œuvre nécessaire en fonction d’un calendrier bien spécifique. Enfin, il doit avoir une très bonne connaissance du processus de commercialisation de son produit sur le marché.
Selon cette feuille de route qu’on vient d’énumérer, on comprend que le développement d’une filière suppose une parfaite connaissance techniques et analyse prévisionnelles. Du point de vue de la formation technique il y a un vide à combler, selon Claude Lapointe. « Je ne dis pas qu’il n’y en a pas mais qu’il en manque beaucoup. On constat aussi un manque de formation en gestion financière et enfin, on constate un manque de formation pratique.
Ensuite pour les autres points, il est question des éléments liés au financement. Le producteur manque de liquidités partout dans le pays. Il y a peu ou pas d’accès aux financements de proximité. L’absence de produits agricoles spécifiques persiste dans le milieu. Les producteurs ont accès malheureusement à des usuriers qui les exploitent en leur imposant des taux allant de 20 à 25% le mois. Il y a une absence d’écoute et de suivi en matière agricole. Ils font face aux risques élevés de perte des récoltes chaque année, à cause des aléas climatiques. Après les récoltes, l’accès au marché n’est pas toujours évident dans un pays où les infrastructures font défaut. Le cadre légal régissant le fonctionnement de l’agriculture souffre et est désuet.
Quelles solutions possibles devant ce constat ?
Le Directeur du Système de Financement et d’Assurance Agricole en Haïti propose la mise à disponibilité des planteurs des conseillers techniques en gestion, des institutions financières de proximité, un programme de formation adéquate et le renforcement des jardins d’école, des programmes d’assurance-récolte dont les paysans réclament depuis si longtemps. Il faudrait y avoir, selon Claude Lapointe, un encadrement légal adéquat et une politique nationale de financement des activités agricoles émanée du gouvernement.
Depuis sa création en 2011 le SYFAAH, a mis en place un programme d’appui aux agriculteurs des départements Ouest et Artibonite. Ils sont encadrés par dix conseillers techniques, formateurs, tous des agronomes issus de la faculté d’Agronomie de l’Université d’Etat d’Haïti, recrutés à cette fin.
Pour l’aspect financier, trois institutions ont accepté d’ouvrir des départements de crédit agricole. Ce sont : la SOGESOL, la caisse populaire de Levier et l’Acmé. Depuis août 2012, ces institutions desservent ces deux départements à travers trente positions géographiques. Ces entreprises ont également embauché et formé 46 officiers de crédit agricole qui parcourent le terrain dans l’objectif de répondre aux besoins des agriculteurs. Cinq types de services sont disponibles : la production, le stockage, la transformation, la commercialisation, et l’investissement.
Le SYFAAH est sur le point de développer une technologie de pointe. Il s’agit d’une tablette électronique, en phase d’expérimentation à la SOGESOL, dans les deux départements pour une meilleure productivité du secteur. En ce qui a trait à la formation en crédit agricole, le SYFAAH prévoit une possible entente avec des universités en vue d’adopter un cursus approprié. Et dans un avenir très proche, il compte lancer un projet pilote d’assurance récolte au profit des producteurs. Un encadrement légal est en cours depuis trois ans, tout comme une proposition de politique nationale qui a été produite et déposée au Ministère de l’Agriculture en février. Et la gestion du fonds de soutien aux jardins-école sera confiée à une organisation haïtienne.
Le nombre de site de crédits agricoles en action est passé de 12 à 46 pendant les deux dernières années. Il s’agit d’un secteur d’activités en constante progression. Il y avait 8622 mille prêts, ce qui donne en moyenne environ 50 mille Gourdes par bénéficiaire contre 20 mille Gourdes deux ans avant.
Perspectives (2018)
Les projections sont très optimistes. Dans les 5 ans à venir, le prêt moyen devrait s’élever à environ 100 mille Gourdes, soit une hausse de 100%, le nombre de sites de crédit agricole, de 46 à 125. Ce qui donnerait un décaissement annuel cumulatif de 8 milliards de Gourdes d’ici 2018.
4.5.- Intervention de l`Agr. Sardou Jean Denis, Directeur de CORDAH/IICA
Sujet: « Vent de renouveau pour l’agriculture familiale, cas des « jardins lakou » en Haïti
Jean Denis SARDOU a mis en exergue les résultats d’une recherche conduite par des étudiants haïtiens en collaboration avec le Centre de Recherche et de Développement International, dans le cadre du projet de développement agro-écologique au niveau de la Région caribéenne. Cette recherche concerne quatre états insulaires : Haïti, Cuba, Martinique, Guadeloupe. L’intervenant y avait participé en tant que responsable d’études sur les «jardins lakou ».
Cette étude est justifiée par le contexte d’évolution de l’agriculture mondiale et haïtienne par rapport à la croissance démographique mondiale. D’ici 2025, a précisé Monsieur Jean Denis, la planète comptera environ 7 milliards d’habitants, alors qu’on assiste parallèlement à une baisse des facteurs de base de la production. Il a cité entre autres la dégradation accélérée du sol.
Au niveau de l’agriculture professionnelle, on dispose des parquets écologiques caractérisés par l’utilisation des variétés à haute performance et celle des pesticides. Mais l’ensemble de ces technologies ont atteint leurs limites et sont incapables d’accroitre la productivité. A part les contraintes scientifiques, par rapport aux besoins alimentaires, les systèmes de culture traditionnelle des pays en voie de développement se révèlent insuffisants, mais qui, malgré tout, continuent d’alimenter une partie de la population mondiale, notamment les plus démunis.
Le modèle « Jardins Lakou »
L’expression « jardins lakou » utilisée en Haïti peut avoir d’autres formes pour désigner la même réalité ailleurs. Ainsi, on dit « jardins de case » ; en Afrique, « cabounes des calounes » ; en Asie, « jardins kreyòl » ; dans certains pays de la Caraïbe. « En Haïti, nous les appelons des « jardins lakou » parce qu’ils constituent un système agro-forestier entourant une maison. En général, ces jardins existent dans les zones tropicales du globe terrestre.
Notre étude s’étend sur deux régions très reconnues pour leurs potentialités agricoles et les archives de leur histoire agraire : la vallée de Jacmel et la zone de Salaniac. Les jardins sont très diversifiés à travers le territoire. Il convient d’étudier la position floristique et la structure de la famille dominante des ‘’jardins lakou’’. On est parti d’une hypothèse selon laquelle les différentes structures écologiques peuvent être liées au centre de développement de l’exploitation agricole.
Sur le plan économique, il est difficile de cerner les différentes fonctions des « jardins lakou » dans l’exploitation agricole. Pour y arriver, on a utilisé la méthode de distribution des petits cailloux qui permet de saisir la perception de l’agriculteur, comment il comprend les fonctions, la formule économique pour calculer la performance d’un « jardin lakou » étant difficile. On a eu des rencontres avec les paysans afin de déterminer les différentes fonctions que les « jardins lakou » peuvent remplir dans l’exploitation agricole.
Le premier résultat concerne la présentation de la structure du « jardins lakou ». Les parcelles ne sont pas conglomérées dans les exploitations agricoles en Haïti contrairement à certains pays. Plusieurs raisons expliquent cette dispersion : une raison d’ordre agro-écologique, car pour assurer la sécurité alimentaire et étaler la production sur toute l’année les paysans sont obligés de travailler sur des espaces dispersés.
En Haïti, le système agro-forestier (jardins lakou) part d’un sol vide, sans aucuns arbres. La maison peut être sur une pente ou sur une plaine. Les diverses matières organiques se trouvant dans l’environnement immédiat de la maison vont favoriser la plantation de bananier, avocatier, manguier, orangier, etc. tout autour de l’habitation. Avec le temps, l’ensemble de ces plantes forment le « jardin lakou ».
Les jardins lakou se déclinent en trois types : a) jardin d’installation, c’est- à -dire, quand on vient tout juste d’habiter la maison, après le mariage ou la construction. Ce jardin referme en partie des bananiers et des plantes qui consomment beaucoup de lumière ; ensuite, b) jardin en croissance, où les autres plantes commencent à grandir et dépassent les bananiers et enfin, c) le jardin stable, marqué par une sorte de maturité des plantes. L’objectif du planteur est de créer un système où il peut utiliser au maximum l’énergie du soleil. A partir d’un moment tout l’espace autour de la maison aura une plante utile pour répondre à un besoin particulier. C’est pourquoi dans l’inventaire de l’agro-diversité existant dans le périmètre du ‘’jardin lakou » réalisé, on a dénombré plus de 67 espèces utiles.
Les différentes fonctions importantes des « jardins lakou ‘’ : l’autosuffisance alimentaire, auto approvisionnement. Le savoir-faire du cultivateur est transmis de génération en génération pour la gestion du système. Le jardin représente un patrimoine culturel. C’est pourquoi, il n’est jamais installé sur des parcelles de grillage ou de fermage mais il est établi sur les parcelles achetées ou héritées. La performance agronomique des «jardins lakou » s’explique par un flux de transfert de matières organiques. Celles-ci viennent des résidus de récolte des autres exploitations agricoles et servent de fertilisant. Ces jardins ne sont pas des systèmes stables au départ, mais très dynamiques surtout par rapport à la démographie de la famille.
Le système des « jardins lakou » est une référence au niveau régional, qui a inspiré d’autres pays de la Caraïbe sur l’organisation de la culture vers l’autosuffisance alimentaire au sein des familles.

4.6.- Intervention de l`Agronome Marie Eunide ALphonse, Directrice du Centre de Recherche et Documentation au Ministère de l’Agriculture.
Sujet : « La Disponibilité des Semences de Qualité : mécanismes et outils de recherche »
Les semences sont fondamentales au sein de tout système agricole. Elles sont considérées comme la première étape vers la production d’aliments indispensables en vue de garantir la sécurité alimentaire des populations. Le succès des agriculteurs défend forcement de la qualité, de la diversité et de l’accessibilité des semences. Celles-ci font l’objet de multiples débats et retiennent pas mal d’attention puisqu’elles représentent des produits stratégiques dans l’exploitation agricole. Si l’on dispose de mauvaises informations sur ce produit, les choix ne sont pas appropriés, les récoltes vont être catastrophiques et la sécurité alimentaire grandement sera affectée, lance l`Experte en recherche agricole. Leurs rôles, insiste-t-elle, témoignent aussi de leur importance stratégique: elles doivent assurer la pérennité des variétés, l’augmentation qualitative et quantitative de la production, l’alimentation de l’homme et des animaux, l’amélioration des revenus, la création d’un capital semencier de variétés.
Une semence se définit comme tout matériel ou organe végétal ou partie d’organe végétal contenant une graine. Mais elle peut prendre d’autres formes : une bouture, une greffe, etc. Les qualités d’une bonne semence : la pureté génétique, bonne conservation, saine, propre, homogénéité de forme, de taille et de couleur. Une semence doit aussi répondre à certains principes internationaux : mise à la disposition de l’agriculteur de la meilleure semence possible et selon la variété demandée selon les législations. Toute semence doit être contrôlée par un agent de l’Etat. A ce niveau on parle d’inspecteur semencier. Sa production suppose un établissement semencier agréé.
Dans les pays où les règles de base sont respectées il existe un catalogue national renfermant différentes espèces et variétés de semence. Par contre, Haïti n’en dispose pas. Or, ce catalogue est indispensable dans la production de semences destinées à la commercialisation. Un producteur doit être : reconnu, sérieux, intègre, discipliné.
L’histoire des semences remonte aux anciens agriculteurs. Nos ancêtres ont débuté dans la production de semences par sélection. Avant la plantation, ils choisissent un maïs de bonne facture, qu’ils vont utiliser comme semence.
Le maïs, plante d’origine américaine, a connu de modification au fil du temps avant d’atteindre l’état actuel. Il était semblable à une branche. Mais, les paysans l’ont modifié avec le temps. Ensuite, les centres de recherche internationaux procèdent à des combinaisons scientifiques pour en produire d’autres formes. Les grandes firmes du secteur ont créé des hybrides. La base de l’alimentation des pays du tiers monde, notamment les pays africains, est constituée de céréale. Et leur population en dépend de 85 à 90% des aliments de base. (Riz, sorgho, maïs, pois inconnu)
Les décideurs doivent encourager la mise en place d’un cadre de réglementation fiable, abordable pour que les agriculteurs aient accès à des semences de qualité, à des prix raisonnables. Il faut améliorer les structures de recherche, renforcer la capacité des agriculteurs pour l’entretien et le maintien de la biodiversité.
5.-Synthèse de la journée
5.1.- Propos de l’Agronome Jean Yvre Barnatte, Représentant du Directeur départemental du Ministère de l’Agriculture
Je suis particulièrement heureux d’avoir l’opportunité d’être présent ici, à l’occasion de ce 6ie briefing. Nous souhaitons revivre cette expérience ici à la Faculté d’Agronomie de l`UNDH. Le premier panel nous a présenté une description de la situation de l’agriculture en Haïti, son mécanisme de fonctionnement, les différents problèmes auxquels elle fait face. Avec le second panel on a vu des modèles d’organisation et perspectives, notamment la présentation de l’Agronome Guerrier Vilaire qui met en évidence les projets du Ministère de l`Agriculture. A ce niveau, il convient donc de souligner le modèle expérimenté par les Petits frères de Sainte-Thérèse et celui des « Jardins Lakou ». L’ensemble des thèmes traités par les panélistes constituent une véritable source de réflexion sur la problématique de l’agriculture de notre pays. Ces interventions ont mis à nu notre système agricole qui, malheureusement fait l’objet de grande inquiétude. Nous sommes en face d’une agriculture en déclin. Ce n’est qu’un constat. En revanche, on espère de ces briefings initiés par la PROMODEV et le CTA des réflexions approfondies qui puissent la régénérer. Dans le cas contraire, ce serait la destruction du pays tout entier.
Ce 6ie briefing dégage un vent d’espoir pour le secteur agricole. Car, il nous a permis de découvrir des opérateurs qui, en dépit de leurs moyens limités, se proposent d’accompagner les agriculteurs en mettant à leur disposition un système de crédit agricole. Tout cela nous encourage à investir davantage. L’espoir est encore là malgré tout. Aujourd’hui on compte beaucoup plus d’agronomes qu’on en avait il y a une quarantaine d’années. Je reprends les propos de l’Agronome Max François Milien qui, dans son exposé, note environ une quinzaine de facultés d’Agronomie dans le pays. On peut compter sur nos agronomes en vue de l’élaboration d’un modèle d’agriculture moderne qui aborde à la fois la production suffisante et les problèmes environnementaux liés au secteur.
Un tel briefing est plus que nécessaire. J’en profite donc pour féliciter la PROMODEV et tous les panélistes. Félicitations à tous ceux qui ont pris part à la planification de ce briefing.
Merci !
5.2.- Propos du Révérend Père Jean Marcel Louis, Président de la Commission de Gestion de l’UDERS des Cayes, Université Notre-Dame d’Haïti-UNDH
Je veux attirer l’attention des jeunes étudiants de la Faculté d’Agronomie ici présents sur le thème central de ce briefing : « Modernisation de l’agriculture familiale en Haïti, une alternative pour la sécurité alimentaire ». Un thème qui doit vous inspirer des sujets de recherche. Cela doit vous exciter à apprécier d’avantage la qualité des travaux effectué par la paysannerie d’où la plupart d’entre vous sont issus. Vous avez entendu un paysan qui vient de se plaindre de l’absence d’agronome à ses côtés. Fort heureusement, nous nous sommes mis d’accord sur la nécessité de promouvoir une université nouvelle, et c’est ce que représente l’UNDH. Ici nos enseignements reposent grandement sur la pratique. Car nous ne voulons pas que la connaissance reste enfermée derrière ces quatre murs. Nous préconisons une véritable synergie entre la théorie et la pratique. Par cette dynamique on se propose de nouvelles voies contrairement aux anciennes écoles qui ont propulsé des agronomes bureaucrates, qui déposent partout des CV. A la Faculté d’Agronomie de l’Université Notre Dame d’Haïti nous optons pour des agriculteurs entrepreneurs qui assurent le transfert de connaissance aux paysans. Toutefois, on ne saurait ignorer l’importance des tâches confiées aux hommes et aux femmes de bureau. Car, il ne peut y avoir d’exécutants sans ceux qui pensent, qui émettent des théories, qui donnent les orientations. Notre approche tend à concilier hommes de terrain et hommes de bureau en vue d’un travail efficace. Nous tenons donc à remercier le Ministère de l’Agriculture qui a pris l’initiative de revitaliser les Bureaux Agricoles Communaux (BAC). Comme l’ont si bien noté les intervenants, l’agriculture doit être pour nous une source de création d’emplois.
Enfin, j’adresse mes chaleureux remerciements à l’agronome Talot Bertrand de la PROMODEV qui avait invité l’UNDH à participer au 5ie briefing organisé à Port-au-Prince. Nous y avons répondu en envoyant une délégation de jeunes agronomes qui sont revenus satisfaits de ce qu’ils ont appris. On avait misé sur cette expérience pour accueillir le 6ie briefing d’aujourd’hui.
Merci à vous tous qui avez partagé votre connaissance à travers des échanges, qui, certainement, serviront à optimiser le travail des agriculteurs ayant pris part à cette activité. De notre côté, nous sommes en train d’implanter une cassaverie dans la zone. On espère accompagner les paysans dans la production de manioc. C’est ce qu’on appelle le volet communautaire. Car université et communauté constituent deux piliers fondamentaux dans le développement.

Je tiens à saluer tous ceux qui ont contribué à la réussite de ce briefing. Je vous remercie tous, tout en souhaitant accueillir le 7e briefing dans cette faculté.
Merci beaucoup!
6.- Conclusion et recommandations
Le Briefing no.6 sur le développement en Haïti sur l'Agriculture Familiale, qui s'est tenue à l`Université Notre Dame d`Haïti, s’est avérée productive et enrichissante, compte tenu des interventions des panélistes et des questions et échanges avec les participants en faveur de l'agriculture familiale haïtienne.

Les principaux représentants d’organisations de producteurs et de pécheurs de différentes régions du pays, ainsi que d’institutions internationales et du Ministère de l`Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural, ont identifié les problèmes, partagé des idées et des propositions, avec un seul objectif : défendre et renforcer l'agriculture familiale comme une alternative viable pour éradiquer la faim, la malnutrition et la pauvreté, qui affligent un fort pourcentage de la population haïtienne.

Il ressort des considérations des panelistes que l’agriculture familiale reste un moteur économique incontournable. Il conviendrait de la moderniser pour qu’elle soit plus efficace et plus productive. Cette modernisation dépend essentiellement d’une meilleure organisation du secteur agricole. Dans cette perspective, les intervenants ont proposé pas mal de solutions :
• Multiplier les coopératives agricoles ;
• Ouvrir des départements de crédit agricole ;
• Assurer les récoltes - former des officiers de crédit agricole ;
• Augmenter les « jardins lakou » ;
• Mettre à la disposition des planteurs des semences de qualité ;
• Créer des congrégations de soutien aux paysans.

7.- Annexes

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