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Le drame alimentaire haïtien      

                        

 

 

Un marché n’est pas seulement un lieu physique ou virtuel pour vendre ou acheter des produits. Au sens scientifique du terme c`est la confrontation de l’offre et de la demande c’est-à-dire un échange entre vendeur et acheteur moyennant une unité de mesure et un prix unitaire. Aussi les meneurs de la Révolution française s’en étaient rendu compte. D’où la naissance du système métrique pour éviter certains avatars. En Haïti, ce scénario est complètement faussé sans ces deux conditions essentielles :

1.   l’unité de mesure du produit : livre, kilogramme, gallon, litre, mètre, mètre carré,  mètre cube etc.

2.   le prix unitaire du produit : centime, gourde, dollar, franc, peso, bolivar deutschemark etc.

Dans tous les pays du monde c’est ce mécanisme qui régule le marché. Donc il est aisé pour la ménagère d’avoir une idée de sa facture alimentaire avant de se rendre au marché. Comme il s’agit d’une dépense incompressible, elle va ajuster son budget afin d’accorder la priorité à la satisfaction des besoins alimentaires de sa famille.

Haïti  la vie  se complique parce que chaque jour pour la même somme on n’achète pas la même quantité de provisions. Du jour au lendemain, tout change. Qui pis est, on accuse souvent à tort les servantes. Le dernier aboutissement ce sont les manifestations politiques contre le gouvernement en place en criant Aba Grangou sans obtenir aucun résultat.

Le drame résulte du fait que sur le marché agricole haïtien on utilise le lot, une unité de mesure anarchique qui ne figure sur aucun tableau de poids ni de mesure connu dans le monde civilisé : Aussi sans pouvoir lui attribuer aucune valeur connue  dans le système métrique on entend parler chaque jour dans les marchés agricoles haïtiens de :

·        lot ou pile de bananes

·        régime de bananes

·        lot ou pile de patates

·        lot ou pile d’oranges

·        lot ou pile de véritables

·        lot ou pile de mangots

·        lot ou pile de malangas

C’est quoi le lot ? C’est quoi la pile ? Si ces unités sont utilisées pour les ventes en détail pour les ventes en gros on parle de :

·        petits sacs,

·        gros sacs,

·        barik

·        makonn bannann

·        makonn véritab

·        makonn kabrit

·        lo ou pil zoranj

·        makonn poul

Que valent  monétairement le makonn, le lot, la pile ?Quel est ce fourre-tout ? Ce n’est pas une blague pour exciter le fou rire ! Ces terminologies  ne figurent nulle part dans la lexicologie commerciale ni dans aucune nomenclature scientifique et  ne sauraient nullement servir de référence en termes d’échange à cause de leurs imprécisions. Certains censeurs irresponsables  peuvent y voir des éléments d’identités culturelles mais très mal placés parce qu’ils sont  de mauvais aloi, en une telle occurrence.  Allons-nous continuer  à vivre en autarcie ? Sans vouloir mettre la culture populaire au rancart, il faut au moins associer ses expressions à des unités de poids. Par exemple un petit sac doit peser 100 livres, une marmite 5 livres etc…

Ce problème est particulièrement résolu  à Cuba où obligation formelle est  faite à tous les marchands  de produits agricoles de:

- se munir d’une balance pour vendre les produits selon leurs poids

- afficher le prix à la livre devant leur comptoir de vente. Pas de magouille !

A Cuba on exige une balance

Le marché agricole à Cuba  fonctionne en plusieurs mini points de vente moyennant une balance avec un prix unitaire affiché dans les comptoirs de vente. C’est ainsi que la révolution cubaine arrive à équilibrer son marché et éviter certaines mésaventures.

Le manque de circulation de l’information est aussi responsable de la cherté de certains produits sur certains marchés. Par exemple un sac d’aubergine peut couter 3 gourdes au Marché des Poteaux tandis qu’aux Gonaïves la ville la plus proche on  vend  3 aubergines pour 2 gdes. Au fur et à mesure qu’on s’éloigne du lieu de production, le prix augmente. Parallèlement les conditions de vie deviennent plus difficiles. Par une ironie du sort c`est au  point de la plus grande concentration de la population que la vie est plus chère.

L’insuffisance de la demande globale du marché agricole haïtien ou encore l’inflation par la demande est aussi provoquée par un mouvement migratoire intense suite à certains cataclysmes naturels et des événements politiques qui ordinairement perturbent la vie nationale. Par exemple, le déchouquage, les inondations et le tremblement de terre ont provoqué de véritables charivaris en Haïti. Le marché étant autorégulateur, il en résulte un déséquilibre sur les marchés locaux sanctionnés par  la flambée des prix. Les victimes sont les mères des familles pauvres qui, ne sachant plus quoi faire pour nourrir leurs enfants, versent des larmes. Quoi de plus triste qu’une mère  éplorée, vaincue par les vicissitudes de l’existence !

La marchandisation croissante des rapports sociaux dans la logique du capitalisme oblige chaque État à trouver un compromis. Un produit doit respecter les normes d’hygiène et suivre un standard pour mériter un prix. Comment peut-on évaluer rationnellement une corde de poissons, un lot de patates ou un panier de mangots ?  Il faut un long palabre entre la marchande et le client pour s’entendre sur un prix variant d’un intervenant à l’autre selon son tempérament et la succulence de son langage. Cette aberration est responsable du rachitisme de notre marché, de notre sous production agricole, de notre sous-alimentation et partant de notre sous-développement économique. Un marché est un lieu d’échange avec des installations fixes et  des prix déterminés pour tous. Jusqu’à présent il n’y a pas de marché en Haïti parce qu’ il n’y a aucune unité de mesure reconnue par le système métrique Que les consuls prennent gardent !

La réforme à entreprendre n’est pas agraire  

Un problème mal posé ne sera jamais résolu. Au contraire toute tentative de solution, sans être bien imbu des données, risque d’augmenter sa complexité. Le plus grand mal c’est de s’encrasser dans une routine aveugle. Étymologiquement le mot agraire dérive du latin ager, agri qui signifie champ. Toute réforme agraire vise la propriété des terres dans le but d’une nouvelle répartition suite à une dépossession. De telles mesures ne cadrent pas avec les données de notre problématique agricole actuelle.

Ce qui distingue l’homme de l’animal c’est sa capacité de penser en vue de prendre les décisions idoines.  La carence alimentaire haïtienne n’a aucun point commun avec les données de l’Amérique Latine. Il s’agit de deux ensembles indépendants et mutuellement exclusifs c’est-à-dire qui ne se recoupent pas. Distribuer des chèques à des familles  sans une augmentation de la production correspondante est une gabegie administrative et un non-sens économique. La hausse des prix des produits relevée en Amérique Latine n’a pas les mêmes déterminants qu’en Haïti.  Nous ne souffrons pas des mêmes maux comment suivre la même ordonnance ! Il n’existe pas de formule passe-partout pour le développement agricole. La meilleure façon de crier « Aba Grangou» c’est de stimuler la production et prendre des mesures de protection contre l’envahissement des produits dominicains afin d’augmenter les revenus des paysans. Le contexte social et le moment historique pèsent lourd dans la balance des décisions politiques éclairées. Nous sommes sur le point de devenir une province dominicaine.

En tout premier lieu, notons qu’en Amérique Latine le problème est agraire tandis qu’en Haïti il est agricole. Ce mot vient du latin agricola,ae  et concerne la production végétale et animale au bénéfice de l’homme. En effet, la misère en Amérique Latine a pour origine la confiscation des terres par les grands propriétaires terriens. Ils pratiquent la monoculture en produisant des denrées exportables au mépris des besoins de la consommation locale. D’où cette multitude de latifundia appartenant à l’oligarchie locale de mèche avec le pouvoir central. Selon une lecture marxiste de l’historiographie de l’Amérique latine, la lutte pour le partage des terres a créé un véritable antagonisme de classe. Tandis qu’en Haïti on ne produit plus. Le Gouvernement n’entreprend aucune initiative pour encourager la production. Il n’y a pas de crédit agricole ni d’encadrement technique. Les paysans livrés à eux-mêmes abandonnent les terres qui pour la plupart  sont vacantes. Ils descendent en ville pour grossir les bidonvilles et augmenter la misère.

Il a fallu de grands changements politiques en Amérique Latine pour renverser les vapeurs au profit des classes défavorisées. En Haïti nous sommes toujours en train de singer les autres mais nos grimaces ont contribué à nous rendre beaucoup plus laids et plus affamés. Au cours de son premier mandat le Président René Préval avait amorcé une réforme agraire qui s’était soldée par un massacre dans l’Artibonite. Il faut inventer la solution d’Haïti parce que son cas ne s’apparente nullement aux pays andins. Si la nécessité d’une réforme agraire se pose pour l’Équateur, le Pérou, le Paraguay, le Chili parce que la problématique est foncière, actuellement en Haïti nos paysans investissent nos villes en abandonnent la terre qui est en voie de désertification, faute d’exploitation.

 

A quoi bon d’enfoncer une porte déjà ouverte ! Il n’y a plus de Grands Dons en Haïti comme le claironnaient les révolutionnaires de 1986. La plupart des terres appartiennent à l’État qui est le principal distributeur des biens de son domaine à des Colons Noirs. A chaque Période de l’histoire, ils profitent de leur accointance avec le Gouvernement en place pour s’accaparer le plus d’espace possible. La reprise est tout aussi facile.

Point n’est besoin d’entreprendre une révolution sanguinaire pour déposséder leurs propriétaires afin de changer la donne. Ces formules répressives n’ont pas réussi non plus en Amérique Latine. Au contraire elles ont causé une cascade de coup d’État. Les révolutions contraignantes ont plutôt porté fruit dans les pays asiatiques. Mais actuellement en Haïti le moment ne s’y prête pas du tout. C’est l’exode rural.

Toute redistribution de terre  sera de nul effet. Au contraire la réforme agraire en Haïti doit prendre l’autre versant c’est-à-dire le remembrement de nos sols si nous voulons cumuler l’espace cultivable nécessaire pour assumer notre autosuffisance alimentaire. Nous ne pouvons pas porter les habits de la taille des pays de l’Amérique Latine. Ils sont trop amples ! Bien entendu cette réforme foncière serait un puissant levier entre les mains des mandataires forains pour jouer leurs numéros en pleine cabale électorale.

Les données économiques actuelles ne sont plus abordables à la Che Guevara ni selon les lunettes des Caudillos de l’Amérique Latine. De nos jours, le libéralisme économique entraine  une certaine osmose entre Capitalisme et Socialisme. Au départ, malgré leurs contradictions flagrantes, actuellement ils s’interpénètrent pour retrouver leur équilibre. La Russie de l’ère post-soviétique a fait son entrée dans l’économie de marché et compte maintenant des hommes d’affaires puissants. Les États-Unis d’Amérique, sous un Gouvernement Républicain, a dû temporiser son impérialisme en embrayant le levier socialiste à la keynésienne pour amortir sa chute imminente.                                                    

 Salvador Allende Président du Chili en 1970 poursuivait la réforme agraire commencée en 1967.Ce n’est que vers la deuxième moitié du 20e siècle que la réforme agraire axée sur la dépossession avait soulevé la fureur en Bolivie, au Mexique, au Guatemala, au Chili, au Pérou, etc. En Haïti actuellement qui va-t-on exproprier et au profit de qui ? Cette formule est désuète et rance. Le  crédit agricole demeure le pilier claustra de la Réforme agricole haïtienne. Si les campagnes haïtiennes sont délaissées, les paramètres ne sont plus les mêmes. Le glas a sonné pour ce modèle politique.

L’agriculture à haut rendement demeure l’unique porte de sortie pour Haïti. La Politique de la Terre, la Seule, la Vraie, nous criait depuis 1957 notre ainé, l’Ingénieur Agronome Louis Déjoie. Il fait figure de Pionnier dans ce domaine. Donc nous avons de qui tenir. Par conséquent, l’expérience des pays latino-américains importe peu. La mise sous culture de nos terres selon leur vocation contribuera considérablement à l’augmentation de la production agricole, la grande pourvoyeuse de notre agro-industrie.

 

Notre production alimentaire est tributaire d’un facteur primordial : l’expérience du milieu. Nos voisins de l’Amérique latine connaissent-ils mieux que nous la vocation de nos sols ? Où est le Plan que le Président René Préval avait demandé à l’Argentine de lui préparer ? Malheureusement nous sommes arrivés à un carrefour de la vie nationale où la militance supplante la compétence c’est pourquoi toute entreprise nationale devient impossible, sauf par miracle, dit-on. L’aide étrangère est certainement indispensable puisque l’investissement nécessite à la fois la monnaie locale c’est-à-dire la gourde haïtienne et la devise étrangère, nous voulons parler du dollar américain et aussi du peso dominicain. Mais le ratio n’est pas aussi élevé qu’on le prétend. Nous avons en Haïti des techniciens hautement compétents, mais l’ivraie cache le bon grain. Grâce au levier financier par le biais du Crédit agricole orienté c’est un défi que nous pouvons relever, haut les mains. Nous croyons dur comme fer qu’en Haïti la réforme à entreprendre n’est pas agraire mais agricole.

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