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Aviculture : Si Jacques Deschamps père était encore vivant.

On dit  toujours « laisser les mort ensevelir les morts «  de quelque chose oubliable , indigne et regrettable  qu’aurait commis  un ou une défunt.

A contrario, lorsqu’un individu  décédé a posé  dans son vivant un ensemble  d’actes positifs qui témoignent  de  sa clairvoyance et de  sa capacité  à  développer les ressources de pays,  un devoir de mémoire s’impose  à la génération contemporaine  lorsqu’il s’agit pour cette dernière de  rechercher des  références. L’histoire à la cubaine , dans la recherche de référence dira de Jacques Deschamps Père,  « la  historia te absolvara » C’es ce bout de phrase  qui jaillit de ma poitrine  à l’analyse des opportunités offertes par la république dominicaine aux autorités haïtiennes  de relancer l’industrie avicole en Haïti à l’occasion de la présence  du virus H5N2  de la grippe aviaire découvert  en pays voisin.

« Rari nantes in gurgite vasto ».Ils sont rares  à nager dans un si grand océan disait  l’autre,  en projetant  le  miracle politique que  les tenants  du pouvoir  actuel pourraient faire si seulement derrière les beaux discours  se dessinait l’ombre même voilée de la volonté politique  des dirigeants  de renverser  la situation de misère dans laquelle croupit  la population active du pays. Qu’est ce que Jacques  Deschamps père   a fait de son vivant  qui le fait prendre  en exemple aujourd’hui  dans la crise actuelle  des œufs et de poulets dominicains  en  Haïti ?

A Paillant, localité située  à 24 kilomètres de Miragoâne et à 114 kilomètres de Port-au-Prince , sur l’habitation Desmarais, vivait  Jacques Deschamps  père avec sa petite paysanne   Anita Leconte, devenue plus tard  Madame Jacques  Descamps père, sur une propriété de  25  has. Jacky  rencontrera   sur son chemin , agronome Michel William qui le séduisait  de par les cultures maraichères qu’il  pratiquait sur sa ferme à Salagnac. Les deux hommes   se sont attirés l’un vers l’autre, le premier pour sa largesse d’esprit et son amour pour l’économie  paysanne, le second  pour sa passion de l’agronomie et son agressivité  à produire des références  aux  habitants. Les deux hommes  se lancèrent à l’assaut de l’agriculture à Paillant,  le premier en tant  que bourgeois  éclairé, le second  en tant que  représentant du secteur public  dans l’agriculture.

Sans l’argent d’aucune communauté internationale, sans l’argent direct de l’Etat haïtien  Jacques Deschamps Père organisa , en 1981 le développement de l’élevage  porcin dans les Nippes  jusqu’à la  commercialisation du produit brut. Jacques Deschamps  ,  Felix Mathieu  , Agronome Cameau, Monode Papillon, Magistrat Remy de Petite Riviere de Nippes ,  Magistrat Camilien de Petit Trou de Nippes , Magistrat Annuel Morisseau de l’Anse  à Veau, Manolo Pressoir et moi, michel William , nous organisâmes  une association dénommée  AEPN, association des éleveurs de Porcs de Nippes , qui regroupait  11.000 membres avec  55.000 porcs .Chacun de nous  était responsable d’organiser le repeuplement dans sa propre zône , en étant la cellule principale   privée de multiplication des porcelets à vendre dans la localité.

Personne d’entre nous  n’avait un salaire. Tout ce qui nous unissait était les services à  crédit  que nous donnait Jacques Deschamps avec ses fonds propres et la confiance  que le choix de leaders avaient  inspirée devant un besoin pressant , «  la nécessité pour chaque habitant de Nippes  de retrouver  son porc  détruit par la peste porcine Africaine. Ce besoin était d’autant plus pressant  que la communauté internationale  nous tenait la dragée haute  en nous  refusant  les porcs sentinelles. Au cours d’une soirée de discussion  Jacques Deschamps décidait  d’aller en Atlanta  pour acheter des porcelets et organiser le développement de l’élevage  porcin  dans les Nippes. C’est ainsi que Jacques, Manolo,  Félix Mathieu et moi, nous organisions quatre  unités de production  de porcelets  à Paillant , Petite Rivière de Nippes ,Anse à Veau, et Salagnac  avec  nos propres fonds .  Paillant devint pendant  4 a 5 années la capitale du porc en  Haïti. L’Etat et le privé envoyaient régulièrement leurs cadres  recevoir  de la formation  à Paillant. La communauté internationale  nous visitait souvent pour se poser la question oú  nous voulions en venir. Toute la réussite de l’AEPN  relevait tout simplement  de l’organisation du crédit supervisé en nature  mis en place par Jacques  Deschamps  à partir de ses propres fonds.

Chaque mois , un camion passait chez chaque  leader communal et déposait  les sacs de nourriture  calculés pour chaque   éleveur de la commune. Un infirmier vétérinaire Monod Papillon  supervisa  le fonctionnement  d’une clinique vétérinaire  dans chacune des communes  ainsi que l’état général des porcs. Chaque éleveur avait  reçu la formation vétérinaire nécessaire pour produire les premiers soins  à ses porcs, tandis que les agents vétérinaires  du MARNDR traitaient les cas plus graves  moyennant  le paiement de leurs  frais de déplacement par Jacques Deschamps.  Chaque lundi du mois, les éleveurs passaient  à la mairie pour  collecter la  nourriture des porcs et annoncer  s’ils avaient des porcs prêts pour la commercialisation.

Chaque  15 jours, nous nous réunissions chez un représentant de l’association  de  commune  pour discuter des problèmes et trouver les solutions . chaque mois , le camion de l’AEPN passait chez chaque éleveur, prenaient les porcs   à l’engraissement et les amenait   à Port-au-Prince  pour être vendus  dans les   abattoirs  de FARM Parc. Jacques Deschamps  depuis Paillant assurait le marché des porcelets  produits dans les Nippes sur toute l’étendue du territoire. C’est ainsi que vers  la fin des années  85,nous avions une association de  11.000 membres qui géraient  55.000 porcs dans les Nippes

Fort du succès  de l’AEPN, Jacques Deschamps  mit le cap sur la production de poissons dans les Nippes. Il construit une écloserie d’alevins  à ORouk, sur la ferme de  vingt  has  de l’ancien député   Felix Mathieu,  de regretté  mémoire .Nous produisions  des poissons  carpe et des écrevisses Jumbo que  nous  vendions  à Miami.

L’association marcha très bien  jusqu’au lendemain du 7 février 1986, ou l’indisponibilité locale  des aliments  pour porcs pesait sur nous  à cause  de l’augmentation  de la population de porcs dans le pays qui créait la rareté dans l’alimentation  et qui faisait déchouquer  nos achats de  nourriture  par camions ou  par  bateaux  à voiles   , nous empêchant  de continuer  à nourrir les porcs des  éleveurs dans les nippes.

En dépit du fait  que nous  n’y avions pas associé la  communauté internationale, parce que  nous  ne  croyions pas qu’elle  était porteuse  d’aucun projet quelconque  de positif pour Haiti, cette dernière  ébahie   à propos des résultats de Paillant,  chercha  à nous faire la cour, ensuite à nous critiquer parce que notre modèle  marchait tandis que   le modèle du gouvernement   financé par  l’USAID et  la BID  marquait le pas  sur place, s’il ne reculait  pas.  L’expérience avorta en 1987, justement parce que  la BID et l’USAID , menaient une politique deux poids  deux mesures  concernant l’alimentation des porcs. Tantot ces deux organismes  nous disaient  qu’il fallait produire  le mais et le millet si nous voulions  relancer l’élevage des porcs avec les fonds  propres du gouvernement haïtien, sans jamais  financer  un projet du genre  pour nous, tantôt  ils nous disaient que  la culture des  céréales  en Haïti  n’avaient pas d’avantages comparatifs et qu’il était préférables que  nous les achetions à l’étranger  sans jamais accepter de nous prêter l’argent pour les acheter. Pour camoufler leurs jeux macabres, ils autorisaient   avec les fonds  du  Pl 480, un projet de promotion de production vivrière  avec l’agronome Naval  qui n’a laissé que des regrets amers  dans les annales de Damien.  Cette politique soutenue  en Haïti par l’étranger  contrastait avec celle menée en république Dominicaine  par ces mêmes agences qui avaient  aidé le Président Balaguer  à débloquer du crédit pour lancer l’industrie avicole dominicaine  en faisant d’elle une industrie d’assemblage , c’est à dire une industrie  qui  créait du travail pour les dominicains et de la valeur ajoutée pour l’économie dominicaine  en important  tous les éléments entrant  dans l’industrie avicole.

Je tiens  à écrire cet article   pour  mettre en garde  le gouvernement haïtien et les industriels qui recherchent aujourd’hui l’appui de la BID ou de la communauté internationale  pour relancer l’aviculture haïtienne, de faire attention  à toute offre  généreuse de  coopération internationale ,  toute appartenance   confondue , car, sous les apparences  hypocrites de faire l’aviculture humanitaire avec les ONGs, leur intention finale  est  d’empêcher que le gouvernement  prenne à cœur la relance de la production avicole  et ne mettent les fonds de crédit  nécessaires  pour la relance de cette   industrie qui reste   une industrie d’assemblage possible en Haiti, à l’exemple de la Jamaique ou de la  République Dominicaine 

Ecrit par Michel WILLIAM le 21 février 2008

 

Source : https://www.michelwilliamnetrealite.com/aviculture-si-jacques-deschamps-pere-etait-encore-vivant/

 

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